TOU\ TOUJO U\S I
('espoir divin qu'à deux on parvient à former Et qu'à deux on partage, L'espoir d'aimer longtemps, d'aimer toujours, d'aimer Chaque jour davantage ;
Le désir éternel, chimérique et touchant, Qiie les amants soupirent,
A l'instant adorable où, tout en se cherchant, Leurs lèvres se respirent ;
Ce désir décevant, ce cher espoir trompeur, Jamais nous n'en parlâmes ;
Et je souffre de voir que nous en ayons peur, Bien qu'il soit dans nos âmes.
LE CAH I F R ROUGE
Lorsque je te murmure, amant interrogé,
Une douce réponse, C'est le mot : « Pour toujours ! » sur les lèvres que j "ai,
Sans que je le prononce ;
Et bien qu'un cher écho le dise dans ton cœur,
Ton silence est le même, Alors que sur ton sein, me mourant de langueur.
Je jure que je t'aime.
Qu'importe le passé? Qu'importe l'avenir?
La chose la meilleure, C'est croire que jamais elle ne doit finir,
L'illusion d'une heure.
Et quand je te dirai : « Pour toujours ! » ne fais rien
Qui dissipe ce songe.
Et que plus tendrement ton baiser sur le mien
S'appuie et se prolonge !
VÉSESTÉ\ÉmECNir
A Hhnry Cazalis
IMMENSE ennui, ce fils bâtard de la douleur Hn maître est installé dans mon âme et l'habite, Ht moins que la vieillesse affreuse et décrépite, Cette âme de trente ans a gardé de chaleur.
J'en atteste ces yeux éteints, cette pâleur
Et ce cœur sans amour où plus rien ne palpite;
Je vois mon avenir et je m'y précipite
Ainsi qu'en un désert qui n'a pas une fleur.
Pourtant, vers la saison des brises réchauffées, La jeunesse parfois me revient par bouffées, J'aspire un air plus pur, je vois un ciel plus beau.
Mais cette illusion ne m'est pas un présage.
Et l'espoir n'est pour moi qu'un oiseau de passage
Oiii, pour faire son nid, choisirait un tombeau.
3T0\CEz4U
Q^Uc4T\E éMoAI^S
E salon s'ouvre sur le parc Où les grands arbres, d'un vert sombre, Unissent leurs rameaux en arc Sur les gazons qu'ils baignent d'ombre.
Si je me retourne soudain Dans le fauteuil où j'ai pris place, Je revois cncor le jardin QmI se reflète dans la glace ;
Et je goûte l'amusement D'avoir, à gauche comme à droite, Deux parcs, pareils absolument.
Dans la porte et la glace étroite.
Par un jeu charmant du hasard, Les deux jeunes sccurs, très exquises.
Pour jouer un peu de Mozart, Au piano se sont assises.
Comme les deux parcs du décor, Elles sont tout à fait pareilles ; Les quatre mêmes bijoux d'or Scintillent à leurs quatre oreilles.
J'examine autant que Je veux,
Grâce aux yeux baissés sur les touches,
La môme fleur sur leurs cheveux,
La môme fleur sur leurs deux bouches;
Et parfois, pour mieux regarder, Beaucoup plus que pour mieux entendre.
Je me lève et viens m'accouder Au piano de palissandre.
Tolède, c'était une ancienne coutume Qu'avant de prendre enfin le titre d'ouvrier, Pendant toute une nuit, chaque élève armurier Veillât près du fourneau qui rougeoie et qui fume.
Il façonnait alors un chef-d'œuvre d'acier Souple comme un marteau, léger comme une plume, Et gravait sur l'estoc encor chaud de l'enclume Le nom du maître afin de le remercier.
Ainsi pour toi, Ronsard, ma nuit s'est occupée. J'ai tenté, moi, ton humble et fidèle apprenti, Ton fier sonnet, flexible et fort comme une épée.
Sous mon marteau sonore a longtemps retenti Le bon métal qui sort vermeil de l'âtre en flamme ; Et j'ai gravé ton nom glorieux sur la lame.
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T^HTTH^E VES VoAGUUS
'ÉTAIS assis devant la mer sur le ga^et. Sous un ciel clair, les flots d'un azur violet, Après s'être gonflés en accourant du large, Comme un homme accablé d'un fardeau s'en décharge. Se brisaient devant moi, rhythmés et successifs. J'observais ces paquets de mer lourds et massifs Q.ui marquaient d'un hourra leurs chutes régulières Et puis se retiraient en râlant sur les pierres. Et ce bruit m'enivrait ; et pour écouter mieux, Je me voilai la face et je fermai les yeux. Alors, en entendant les lames sur la grève Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve S'écrouler en faisant ce fracas cadencé, Moi, l'humble observateur du rhythme, j'ai pensé Qu'il doit être en eflet une chose sacrée, Puisque Celui qui sait, qui conuiiande et qui crée, N'a tiré du néant ces moyens musicaux.
Ces falaises au roc creusé pour les échos, Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages. Incessamment heurtés et roulés sur les plages Par la vague, pendant tant de milliers d'hivers, Que pour que l'Océan nous récit.lr des vers.
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'BcAlD^S VE éME\
u R la plage élégante au sable de velours Que frappent, réguliers et calmes, les flots lourds, Tels que des vers pompeux aux nobles hémistiches, Les enfants des baigneurs oisifs, les enfants riches. Qui viennent des hôtels voisins et des chalets, La jaquette troussée au-dessus des mollets, Courent, les pieds dans l'eau, jouant avec la lame. Le rire dans les yeux et le bonheur dans l'âme. Sains et superbes sous leurs habits étoffés Et d'un mignon chapeau de matelot coiffés, Ces beaux enfants gâtés, ainsi qu'on les appelle. Creusent gaîment, avec une petite pelle. Dans le fin sable d'or des canaux et des trous; Et ce même Océan, qui peut dans son courroux Broyer sur les récifs les grands steamers de cuivre, Laisse, indulgent aïeul, son flot docile suivre Le chemin que lui trace un caprice d'enfant.
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LE CAHIER ROUCE
Ils sont là, l'œil ravi, les cheveux blorids au vent, Kon loin d'une maman brodant sous son ombrelle, Et trouvent, à coup sur, chose bien naturelle, Que la mer soit si bonne et les amuse ainsi.
— Soudain, d'autres enfants, pieds nus comme ceux-ci, Et laissant monter l'eau sur leurs jambes bien faites. Des moussaillons du port, des pêcheurs de crevettes. Passent, le cou tendu sous le poids des paniers. G; sont les fils des gens du peuple, les derniers
Des pauvres, et le sort leur fit rude la vie. Mais ils vont, sérieux, sans un regard d'envie Pour ces jolis babys et les plaisirs qu'ils ont. Comme de courageux petits marins qu'ils sont, Ils aiment leur métier pénible et .salutaire Et ne jalousent point les heureux de la terre ; Car ils savent combien maternelle est la mer Et que pour eux aussi souffle le vent amer Qui rend robuste et belle, en lui baisant la joue, L'enfance qui travaille et l'enfance qui joue.
éMoATI^ V'OCTO'BT< r
A Alexandre Piédagnel
• 'est l'heure exquise et matinale Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale Tombent les feuilles du jardin.
Leur chute est lente. On peut les suivre Du regard en reconnaissant Le chêne à sa feuille de cuivre, L'érable à sa feuille de sang.
Les dernières, les plus rouillées, Tombent des branches dépouillées; Mais ce n'est pas l'hiver encor.
Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l'air tout rose,
On croirait qu'il neige de l'or.
Tc4T{^lSIE^:^E
1 ou R venir t'aimcr, ma chère, Je franchis les blancs ruisseaux, Et j'ai l'âme si légère Que j'ai pitié des oiseaux.
QmcI temps fait-il donc? Il gèle, Mais je me crois au printemps.
Hntends-tu, mademoiselle?
Tu m'as rendu mes vingt ans.
Tu m'a» rendu ma jeunesse.
G; cœur que je croyais mort, Je veux pour toi qu'il renaisse ; Écoute, comme il bat fort !
Quelle heure est-il? Tu dcjeuncs; Prends ce fruit et mords dedans. C'est permis, nous sommes jeunes, Et j'en mange sur tes dents.
l*arle-nioi, dis-moi des choses.
Je n'écoule pas, je vois S'agiter tes lèvres roses Et je respire ta voix.
Je t'aime et je t'aime encore ; A tes pieds je viens m'asseoir.
Laisse-moi faire; j'adore I.c tapis de ton boudoir!
LE^VEmoilCNi
I u 1 s Q.U E , à peine déscnlaccc De Fétreinte de mes deux bras, Tu demandes à ma pensée
Ces vers qu'un jour tu brûleras,
II liiut, ce soir, que je surmonte L'état d'adorable langueur
Où je rougis un peu de honte, Tout en souriant de bonheur.
Pourtant je l'aime, ma fatigue.
C'est ton œuvre, et le long baiser De ta bouche ardente et prodigue A pu seul ainsi m'épuiser;
Et tu veux que je la secoue.
Petite coquette ! tu veux Voir rimer les lys de ta joue Avec la nuit de tes cheveux.
Tu veux que, dissipant le voile Qui trouble mon cerveau si las.
Je dise tes regards d'étoile Et ton haleine de lilas.
Mais la preuve, ô capricieuse.
Que je ne pense qu'à t'aimer.
C'est la fièvre délicieuse Qui m'empêche de l'exprimer.
Ainsi, respecte ma paresse ; Ton souvenir passe au travers.
Demande des baisers, maîtresse ; Ne me demande pas des vers.
\ ClAUDIUS PoPtLIK, MAITRE ÉMAILLEUR
.PRKS avoir blanchi sous un grimoire antique, Près du creuset, bravant fagots et Montfaucon, Sans avoir trouvé l'or ni le basilicon. L'ancien souffleur mourait, pauvre et sans viatique.
Mais, comme pour venger la foi cabalistique, La chimie émergeait des fourneaux de Bacon; Et, tâchant d'enfermer la vie en un ilacon, Paracelse créait une thérapeutique.
Cependant la science était encor trop peu.
Des arts charmants sont nés dans le secret du feu,
Comme V seraient éclos des œufs de salamandre.
C'est In que Limosin et Bernard Palissy
Ont cueilli le laurier qu'après eux tu viens prendre,
Qaudius, et le vieu.x Hermès te dit : « Merci. »
SUTl Lc4 TEUT^&ISS n