LE FILS VE LOUIS XI
POUR LE livre: Sonnet i et Eaux-fortes
u R le balcon de fer du noir donjon de Loches, Monseigneur le dauphin Charles de France, en deuil, Dominant la Tourainc immense d'un coup d'œil. Écoute dans le soir mourir le son des cloches.
L'enfant captif envie, humble cœur sans orgueil. Ceux qu'il voit revenir des champs, portant leurs pioches, Et, flairant l'âcrc odeur des potences trop proches, Songe à l'archer d'Ecosse immobile à son seuil.
L'enfant prince a douze ans et ne sait pas encore Combien fiers sont les lys du blason qui décore L'ogive sous laquelle il rêve, p;Ue et seul.
Il ignore Dunois, Xaintrailles et La Hire, Va la Pucelle, et son victorieux aïeul. Monseigneur le il.uipliin Cliarlis ne s.iii p.is lire.
K n'a pu l'cmmcncr qu'à la Jcrnière danse. C'était son premier bal, songez ! et la prudence De sa mère a cùdc jusqu'au bout au désir De la voir, embellie encor par le plaisir, Résister du regard au doigt qui lui fait signe, Ou venir effleurer, d'un air qui se résigne, L'oreille maternelle où sa claire voix d'or Murmure ces deux mots suppliants : « Pas encor. » C'est la première fois qu'elle entre dans ces fêtes. Elle est en blanc; elle a, dans les tresses défaites De ses cheveux, un brin délicat de lilas; Elle accueille d'abord d'un sourire un peu las Le danseur qui lui tend la main et qui l'invite, Et rougit vaguement, et se lève bien vite,
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LE CAHIER ROUGE
Quand, parmi la clarté joyeuse des salons,
Ont préludé la flûte et les deux violons.
Et ce bal lui parait étincelant, immense.
C'est le premier! Avant que la valse commence,
Elle a peur tout à coup et regarde, en tremblant.
Au bras de son danseur s'appuyer son gant blanc.
La voilà donc parmi les grandes demoiselles,
Oiselet tout surpris de l'émoi de ses ailes.
Un jeune homme lui parle et marche à son côté.
Elle jette autour d'elle un regard enchanté
Et qui de toutes parts reflète des féeries.
Et devant les seins nus couverts de pierreries,
Les souples éventails aux joyeuses couleurs
Semblent des papillons palpitant sur des fleurs.
Pourtant elle est partie, à la fin. Mais mon rêve Reste encor sous le charme et, la suivant, achève Cette première nuit du plaisir révélé.
Dans le calme du frais boudoir inviolé,
Assise, — car la danse est un peu fatigante, — Elle ôte son collier de perles, se dégante Et tressaille soudain de frissons ingénus En voyant au miroir son col et ses bras nus ; Puis le petit bouquet qui meurt à son corsage Dans son dernier parfum lui rappelle un passage De la valse où ce blond cavalier l'entraînait ; Elle cherche un instant sur son mignon carnet Un nom que nul encor n'a le droit de connaître. Tandis qu'entre les deux rideaux de la fenêtre L'aube surprend déjà la lampe qui pâlit...
Mais la fluigue enfin l'appelle vers son lit ; Et, dans l'alcôve obscure où la vierge se couche. Un doux ange gardien veille, un doigt sur la bouche. Mon rêve, éloigne-toi! Le respect nous bannit. C'est violer un temple et c'est troubler un nid Que de parler encor de ces choses divines, Alors qu'il ne faut pas même que tu devines.
CHEVcAL VE T{ECNiFOT{J
fE cheval qu'a jadis réformé la remonte Est là, près du trottoir du long faubourg qui monte, Pour qu'on l'attelle en flèche au prochain omnibus. Il a cet air navré des animaux fourbus, Sous son sale harnais qui traîne par derrière. Mais lorsque, précédés d'une marche guerrière. Des soldats font venir des femmes aux balcons. Il se souvient alors du sixième dragons Et du soleil luisant sur les lattes vermeilles ; Et le vieux vétéran redresse les oreilles.
'BOT{V VE Lc4 SMo4T{JHiE
A G A n R I F. I. Marc
''est rcgnte A Joinvillc. On tire le pétard. Les cinq canots, deux en avant, trois en retard, Partent, et de soleil la rivière est criblée. Sur la berge, là-bas, la foule est assemblée. Ht la gendarmerie est en pantalon blanc. — Et l'on prévoit, ce soir, les rameurs s'attablant Au cabaret, les chants des joyeuses équipes, Les nocturnes bosquets constellés par les pipes, Et les papillons noirs qui, dans l'air échaufTé, Se brûlent au cognac flambant sur le café.
l'Œuvre du Sou des chaumières
I LÉAU rapide et qui dévore, La bataille a passé par là,
Et la vieille maison brûla :
Regardez, cela fume encore.
Qjuelques images d'Epinal, Un fusil sur la cheminée ; C'était la chaumière obstinée.
Le vieux logis national.
Au seuil rugueux où l'on trébuche,
II fallait se baisser un peu ; Mais la soupe était sur le feu Et le pain était dans la huche.
C'était bien sombre et bien petit, Avec un toit de paille chauve, Mais abritant sous l'humble alcôve Un berceau tout près d'un grand lit.
L'araignée aux grises dentelles Habitait le plafond obscur ; Mais les trous nombreux du vieux mur Étaient connus des hirondelles.
L'été, sur la porte, et l'hiver, Près du foyer plein de lumière, Les habitants de la chaumière Etaient encore heureux hier.
LE CAHIER ROUCE
C'était l'abri contre l'orage ;
Là, les enfants avaient grandi;
L'aïeul se chauffait à midi
Sur le banc qu'une treille ombrage.
Et l'on parlait naïvement De choisir une brave fille Pour le frère de la famille Qui revenait du régiment.
— Maintenant, c'est après la guerre, Après ces Allemands damnés; Et ces pans de murs calcinés Furent cette maison naguère.
L'aïeul aujourd'hui tend la main, Lui qui, n'éunt pourtant pas riche, Gsupait largement dans la miche Pour tous les pauvres du chemin.
L'homme travaille dans les fermes.
Et sa femme et ses deux petits Pleurent dans un affreux taudis Dont il ne peut payer les termes.
Le frère, soldat inconnu Qii'on a repris pour la campagne, Du fond de la froide Allemagne N'est, hélas! jamais revenu...
— Mais, puisque dans la noble France Il fut toujours, il reste cncor.
Sou, pièce blanche ou louis d'or.
Une obole pour la souffrance,
Au nom du douloureux passé.
Donnez tous, donnez tout de suite.
Donnez pour la maison détruite Et pour le berceau renversé !