‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 32 sur 141 · PRESQ UE UNE FABLE · texte numérisé non relu

PRESQ UE UNE FABLE

Comme le chasseur grec, pour surprendre Diane, Suivait le son lointain du cor, l'humble liane. De ses clochetons bleus semant le chapelet. Monta donc vers l'oiseau que son chant décelait. Atteindre la fauvette et la charmer, quel rêve ! Hélas ! c'était trop beau ; car la goutte de sève Que la terre donnait à ce frêle sarment S'épuisait. Il montait, toujours plus lentement; Chaque matin, sa fleur devenait plus débile; Puis, bien que liseron, il était malhabile, Lui, né dans l'herbe courte où vivent les fourmis, A gravir ces sommets aux écureuils permis.

Là, le vent est trop rude et l'ombre est trop épaisse.

— Mais tous les amoureux sont de la même espèce. Madame; — et vers le nid d'où venait cette voix Montait, montait toujours le liseron des bois. Enfin, comme il touchait au but de son vovagc,

Il ne put supporter la fraîcheur du feuillage Ex mourut, en donnant, le jour de son trépas, Une dernière fleur que l'oiseau ne vit pas.

— Comment? vous soupirez et vous baissez la tête, Madame...

Un liseron adore une fauvette.

POUR LE livre: L'Offniiid.-.

Aux Alsaciexs-Lorraixs

F. silence imposant et In nuit solennelle Planent sur le rempart où, debout dans le vent, Le mousqueton au bras, veille une sentinelle Auprès d'un gros canon tourné vers le levant.

Le fort est un de ceux quivirent le grand siège; Ht, jadis, quand sonna l'heure du désespoir, Sur ces glacis croulants, alors couverts de neige, Dans le ciel de janvier a flotté l'aigle noir.

L'engin, lourd et trapu sur son affût difforme, Naguère vint ici de Toulon ou de Brest; Et, les vainqueurs étant gênés du poids énorme, G; monstre est resté lii, toujours braqué sur l'Est.

L'artilleur est un fils d'Alsace, et sa patrie F^st, au nom des traités, territoire allemand ; Il est simple servant dans une batterie. N'ayant plu» de foyer, il reste au régiment,

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