‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 47 sur 141 · VINCENT DE P A U L E · texte numérisé non relu

VINCENT DE P A U L E

Un nouveau-né jeté sur la borne et qu'il sauve, Commence à saluer ce bonhomme au front chauve Et le suit en chemin d'un œil reconnaissant.

Mais, ce soir, vers minuit, le bon monsieur Vincent,

Regagnant son logis chez les Visitandines,

Au moment où les sœurs sont à chanter matines.

Traîne son pied boiteux d'un air découragé.

Tout le jour, bien qu'il soit souffrant, qu'il soit âgé.

Sous une froide pluie il a couru la ville.

Certes, on l'a reçu d'une fiiçon civile ;

Mais il demande trop, même aux meilleurs chrétiens.

Pour ses enfants trouvés et ses galériens ;

Et plus d'un poliment déjà s'en débarrasse.

Tout l'argent de la reine est pour le Val-de-Grâcc,

Et Mazarin, si fort pour dire : «Je promets, »

Devient, en vieillissant, plus ladre que jamais.

C'est donc un mauvais jour ; mais enfin le pauvre homme

Revient en se disant qu'il va faire un bon somme.

Et se hâte, parmi la bruine et le vent.

Lorsque, arrivé devant la porte du couvent,

Il aperçoit par terre et couché dans la boue

Un garçon d'environ dix ans ; il le secoue,

L'interroge; l'enfant depuis l'aube est à jeun,

N'a ni père ni mère, est sans asile aucun,

Et répond au vieillard d'une voix basse et dure.

«Viens! » dit Vincent, mettant la clef dans la serrure.

Et, prenant dans ses bras l'enfont qui le salit, Il monte à sa cellule et le couche en son lit ; Puis, songeant qu'à minuit, en janvier, le froid pince Et que sa courte-pointe est peut-être bien mince. Il ôte son manteau tout froid du vent du nord Et l'étend sur les pieds du petit qui s'endort.

Alors, tout grelottant et très mal à son aise. Le bon monsieur Vincent s'accouda sur sa chaise, Et, devant le tableau pendu contre le mur. Il pria.

Mais, soudain, la madone au front pur.

Qui parut resplendir des clartés éternelles, S'anima. Dans ses yeux aux profondes prunelles. Brillèrent des regards qu'ils n'avaient jamais eus. Et, dégageant son cou des bras du doux Jésus Qu'elle tenait d'abord serré sur son épaule. Elle tendit l'enfant à saint Vincent de Paule Et, d'un accent rempli de céleste bonté. Lui dit :

« Embrasse-le. Tu l'as bien mérité. »

^ny.W.

LES TcA'F^IqAS

v3ous le vieil Aureng-Zeb, à Bénarès la Sainte, Dans l'immonde quanier construit hors de l'enceinte, Où pullulent, s;insmC'me un dieu qui leur soit cher. Les parias impurs qui mangent de la chair, Deux enfants au visage innocent, au cœur chaste, Mais qui, marqués du type exécré de leur caste. Plus que les chiens lépreux par tous étaient chassés, S'ainuient de tout leur cccur et s'étaient fiancés. Qiic le dernier coudra de ces foules sans nombre Se crût souillé d'avoir mis le pied dans leur ombre, Qu'ils fussan les plus vils au-dessous des plus vils. Puisqu'ils pouvaient s'aimer, ù peine y songeaient-ils. Pauvres et nus, cherchant h grand'peine leur vie, Ils ne connaissaient pas la col6re et t'envie ; Et le guerrier mahratte au drapeau triomphant. Ni le riche nabab qui» sur son éléphant,

Fume à l'ombre d'un dais, les jambes accroupies, Et rêve au monceau d'or de ses lacks de roupies, Ni le brahmane altier, que fait riche et puissant Une idole aux vingt bras peinte en couleur de sang, Et qui, d.uis le secret des pagodes fermées. Voit se tordre :\ ses pieds les danseuses pâmées, Ni même l'orgueilleux descendant de 'riniour, Ne leur semblaient heureux, n'ayant pas leur amour.

Sangor, superbe Indou d'une force indomptée,

foait rameur ii bord d'une barque pontée,

Car, comme un musulman en était le patron,

Des parias pouvaient y tirer l'aviron;

Et, descendant le (îange, elle faisait escale

Pour prendre ou déposer dans les ports du lîengale

Ses cargaisons d'ivoire et de bois précieux.

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