‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 46 sur 141 · DUEL DE RAFFI NÉS · texte numérisé non relu

DUEL DE RAFFI NÉS

« Que je sois mis au ban de la cour et du monde, Si je sommeille ailleurs que sur cheveux de blonde ! C'est le seul oreiller délicat et moelleux. »

Et le blond aux yeux noirs dit au brun aux yeux bleus :

« Et moi, dorénavant, dans mes bonnes fortunes, Vive Dieu ! je ne veux céder qu'aux femmes brunes. Garde pour toi tes lys.

— Et pour toi tes soucis, Dit l'autre, qui déjà redresse les sourcils. Mais tu me parles là bien vertement, vicomte.

■ On t'en rendra raison, si tu veux.

•Mais j'y compte.

— A l'épée?

— A l'épée.

A merveille, marquis.

— Quand cela?

— Sur-le-champ.

— Sur-le-champ, c'est exquis.

Foin des édits du fils trop chaste d'Henri Quatre! Ce gai soleil d'avril est charmant pour se battre. Descendons sur la berge ; on nous gênera moins. »

Ils prennent en passant deux suisses pour témoins, S'en vont au bord de l'eau, jettent là sur les pierres Chapeaux et mantelets, et tirent leurs rapières.

Les deux soldats, en gens courtois, en font autant.

On s'aligna. Ce fut l'affaire d'un instant.

En méthode d'escrime, est bien fou qui s'obstine

A mettre la lombarde avant la florentine.

Le marquis, par un coup terriblement sournois,

Fut digne de son maître, Astolfo le Siennois.

Le vicomte, percé d'une longueur de lame,

Tomba, fit un sursaut ou deux, et rendit l'âme.

Alors, en rajustant au vainqueur son pourpoint, L'un des soldats lui dit :

« Vous le haïssiez?

— Point.

— Peut-on vous demander la cause de l'affaire?

— La couleur des cheveux qu'il convient qu'on préfère. Il était pour les noirs, moi je suis pour les blonds,

— Vous avez été vif, mon gentilhomme... Allons! Pour cheveux blonds ou noirs faut-il qu'on se courrouce?

— C'est vrai, dit le bretteur, car ma maîtresse est rousse. »

VIC^CEC^T

VE TcAULE

o N s I E f R Vincent de Paule, aumônier des galères, Vieux prêtre humble de cœur et de mœurs populaires, Qpand il vient à Paris, demeure à l'hôpital Du couvent qu'a fondé Madame de Chantai. Sa chambre n'a qu'un lit et deux chaises de paille, Ht l'unique tableau pendu sur la muraille, Représente la Vierge avec l'enfant Jésus. Tout entier aux projets pieux qu'il a con(;us, Le saint prêtre est toujours en course; il se prodigue. Va revient tous les soirs, tl'puisé de fatigue. \x zèle ne s'est pas un instant refroidi De l'ancien précepteur des enfants de Gondi.

Quand il a visite la mansarde indigente, 11 s'en va demander l'aumône à la Régente. Il sollicite, il prie, il insiste, emporté Par son infatigable et forte charité, Recevant de la gauche et donnant de la droite. Pourtant il est malade et vieux; et son pied boiic, Car, afin d'obtenir la gr;\ce qu'il voulait. Il a trahie six mois la chaîne et le boulet D'un forçat innocent dont il a pris la place. Déjà dans les faubourgs la pauvre populace, Qui connaît bien son non>, et qui le voit passer Le long des murs, alors qu'il vient de ramasser

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