‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 66 sur 141 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

o\, ce n'est pas en vous « un idéal » que j'aime, C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-même. Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux. Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos cheveux. Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles, Bien que ma passion ait pris sa source en elles. Comme moi, vous de\'ez avoir plus d'un défaut; Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me laut. Je ne poursuis pas là de chimère impossible; Non, non! Mais seulement, si vous êtes sensible Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré. Que j'ai conçu pour vous et que je garderai. Et si nous triomphons de ce qui nous sépare, Le rêve, chère enfiint, où mon esprit s'égare, C'est d'avoir à toujours chérir et protéger Vous comme vous voilà, vous sans y rien changer. Je vous sais le cœur bon, vous n'êtes point coquette ; Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite, lu le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner, J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner. Je veux joindre, si j'ai le bonheur que j'espère, A l'ardeur de l'amant l'indulgence du père Et devenir plus doux quand vous me ferez mal. Voyez, je ne mets pas en vous « un idéal, » l*t de l'humanité je connais la faiblesse ; Mais je vous crois assez de ccvur et de noblesse Pour espérer que, grice à mon effort constant. Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant!

L EXILEE

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