OCTOBRE
VANT que le froid glace les ruisseaux Et voile le ciel de vapeurs moroses.
Écoute chanter les derniers oiseaux.
Regarde fleurir les dernières roses.
Octobre permet un moment encor Que dans leur éclat les choses demeurent ; Son couchant de pourpre et ses arbres d'or Ont le charme pur des beautés qui meurent.
Tu sais que cela ne peut pas durer,
Mon cœur; mais, malgré la saison plaintive.
Un moment encor tâche d'espérer
Et saisis du moins l'heure fugitive.
Bâtis en Espagne un dernier château, Oubliant l'hiver, qui frappe à nos portes Et vient balayer de son dur râteau Les espoirs brisés et les feuilles mortes.
lAPTiF de l'hiver dans ma chambre Et las de tant d'espoirs menteurs, Je vois, dans un ciel de novembre, Partir les derniers misrrateurs.
Ils souffrent bien sous cette pluie ; Mais, au pays ensoleillé, Je songe qu'un rayon essuie Et réchauffe l'oiseau mouillé.
Mon âme est comme une fauvette Triste sous un ciel pluvieux; Le soleil dont sa joie est faite Est le regard de deux beaux yeux;
Mais loin d'eux elle est exilée; Et, plus que ces oiseaux, martyr, Je ne puis prendre ma volée Et n'ai pas le droit de partir.