LE RETOUR
Dans tes yeux baignés de clarté I/àmc des cienx est descendue Toi dont la sereine beauté Prit mon cœur et ma liberté :
Je l'aimais et je t'ai perdue !
Sur ta lèvre aux replis soyeux, L'âme des fleurs est descendue.
Je l'adore autant que tes yeux!
Toi qui m'as lait triste et joyeux.
Je t'aimais et je t'ai perdue
,nî
Dans ton cœur plein de trabison, L'âme de l'enfer s'est levée.
Ab ! je reviens à ma prison ; Reprends mon cœur el ma raison !
Je t'aime et je t'ai retrouvée!
Quelle peine vas-tu m'offrir?
Sais-tu des choses bien cruelles ?
De quelles tortures nouvelles Espères-tu me voir souffrir?
Ah! Cette fois j'en veux mourir !
Car, en moi, chère vagabonde, Tu n'as aimé que ma douleur !
C'était comme une sombre fleur :
Mes pleurs y coulaient comme une onde, Viens, je la ferai jdus profonde !
Comme un mort Je m'y coucherai Sous tes beaux pieds nus que je baise. Tu m'y fouleras tout à Taise, De mon propre mal enivré.
Gémissant et désespéré*.
J'ai dans mon cœur doux et profond, Caché tout le mal que lui font Tes yeux et ton rire farouche.
C'est ma gloire et mon châtiment D'avoir mis si haut mon tourment Que nul ne l'atteigne et n'y touche.
Comme une perle sous la mer.
J'ai caché dans mon cœur amer Ma douleur en larme figée.
Que tu raccueilles sans mépris, Comme on prend un joyau de prix* Et ma peine sera vengée.
Car, poui- ni'innnolei- sûrement .\ ce fpii seul eu toi )if luonl,
A ta beanlé par quoi j'expire, J'ai dans mou cœur prolbud et doux, Caché le mal dout sout jaloux Tes veux farouches et ton rire '
Dans l'ob^icnrité dos grands hois Où pleure le cerf aux abois, Où meurt la bète solitaire Portant au fïanc le trait vainqueur, Quand a passé le sagittaire, 0 cruelle! Emporte mon cœur!
La grande foret sait un chant Qui donne, tant il est touchant, Des ailes aux âmes blessées.
Alors qu'il passera sur noiis, Déliant nos mains enlacées, Je veux me mettre à tes genoux.
Dans un dernier uémissement, Au loin s'est tu le cerf bramant
VERS POLU ETRE CRAMES. 95
La Ibrèl prolbiide s'est tut', Et, sans l'adieu divin du bois, Seule au mal sacré qui la tue, S'exhale mou ame aux abois.
93 I,tS AMOURS.
Ah ! ^i jamais lu me retires Tuii cœur faux et ton corps sacré.
Ce que toujours je pleui'erai, C'est l'ivresse de mes martvres !
C'est l'angoisse de chaque instant C'est retïroi jaloux des caresses...
0 tortures enchanteresses !
0 mal qu'on aime en le portant !
0 sanglots dont l'àme est hrisée, 0 désespoirs silencieux, Vous êtes la sainte rosée, Vous êtes la pitié des cieux !
Vous versez, cruelles délices, 0 voluptueuses douleurs.
Les larmes de la nuit aux llcurs.
Et le saufT des Dieux aux calices !
— Xoii ! C'e^t bien pour réteriiité !
Car le temps n'a rien emporté
De mon cœur ni de ta beauté.
Sitôt que tu t'es souvenue, De si loin je t"ai reconnue !
Mou cœur s'inonda de clarté,
— Noii ! C"e?t bien pour réteruité Que tes yeux mortels m'ont dompté!
De si loin je t'ai reconnue, Sitôt que riifure fut venue!
Dans ta grâce et dans ta lierté.
J'ai mon amour ressuscité.
— -Non! C'est bien jiour l'éternité !
INTRODUCTIOX
Cherchant pkis haut que moi l'espoir de ma pensée. J'ai trouvé la douleur dont je voulais mourir; Puisque je porte au cœur ta blessure insensée, 0 volupté sans nom de l'amour sans désir!
— J'ai trouvé la douleur dont je voulais mourir. — Si tu vis sous les cieux, ma chaste fiancée,
Je ne veux de pitié que dans ton souvenir, Blanche apparition dont mon ame est blessée !
Puisque je porte au cœur ta blessure insensée, Je ne veux de pitié que dans ton souvenir !
— Si tu vis sous les cieux, ma chaste fiancée. Je te dirai le mal qu'il est doux de souffrir!
0 volupté sans nom de l'amour sans désir, Blanche apparition dont mon àme est blessée, Je te dirai le mal qu'il est doux de souffrir.
Cherchant \)\n< haut que <o\ Tespoir de sa pensée !
Épris de cela seul que n'atteindront jamais Ni terrestres désirs ni ferveur sensuelle, J'ai dit aux cieux l'amour chaste dont je t'aimais, Splendeur des marbres blancs, virginité cruelle !
De l'antique Beauté vision solennelle.
Pour entr 'ouvrir encor la pierre oii tu dormais, De Paros révolté j'ai fouillé les sommets : Car je te sais vivante et te crois élernelle !
Mais l'cime qui t'habite a des sérénités
Où se brisait le vol douloureux de mes rêves
D^ns l'infini des cieux nocturnes emportés :
Après de longs combats et de rapides trêves.
Vaincu de l'idéal, vaincu mais non lassé.
J'ouvre à ses ilèches d'or mon flanc toujours blessé 1
TI
Je veux savoir l'amour permis au cénobite Qui, sous des vœux sacrés, étreint lidèlement Son cœur vierge de tout mortel attachement Et qu'aucun souvenir de volupté n'habite ;
Quand le charme trompeur de son rêve l'invite Au doux oubli de l'heure et de l'isolement, Quand les cieux et les lis fraternels seulement Boivent, comme un parfum, son âme de lévite.
Je veux savoir l'amour mélancolique et doux Des austères amants qui n'aiment qu'à genoux, Ignorant des baisers les douceurs infinies,
Comme les trahisons des espoirs décevants. Et greffer sur mon cœur aux sèves rajeunies La fleur, la pàlo fleur de ces tombeaux vivants!
Vierges qu'un fol amour dans la mort a couchée?, Vestales sous vos cœurs étreignant des flambeaux, 0 floraisons de lis par l'aurore fauchées. Votre ombre est familière aux amis des tombeaux.
Celles-là sont vos sœurs que nous avons cherchées Et dont le souvenir hante seul nos cerveaux ; — Pâles Èves aux fronts couronnés de pavots, De nos flancs par un dieu vous fûtes arrachées;
Épouses (pie le rêve amène à leur époux,
Ma blanche fiancée est-elle parmi vous,
Dans les chœurs oii l'azur baise vos pieds de neige?
Dites-lui (iuc je pleure et, lui prenant la main, Guidez-la par les cieux et, le long du chemin, Suivez-la d'un superbe et fraternel cortège!
lOS I-E.S AMOURS.
Si ton pied foule encor l'argile qui me pèse, Que ne suis-jc moi-même ù l'argile rendu, Mort alacé sous tes pas et sous l'herbe étendu. Sein brûlé que le froid de son linceul apaise !
Que ne suis-je mêlé dans la cendre qui baise Les plis traînants du voile à ton front suspendu, Dans le monde vivant qui t'entoure perdu, Et de mes vains débris t'étreignant à mon aise !
Je deviendrais un peu de tout ce qui te sent, De tout ce qui te voit, de tout ce qui te touche : Fleur, je me sécherais aux chaleurs de ton sang,
Ou, fruit, je me fondrais aux saveurs de ta bouche.
Je serais une proie à tout ce que tu veux.
Va je boirais dans l'air l'odeur de tes cheveux.
Son être se disperse aux choses d'ici-bas, Comme aux buissons jaloux la blancheur de la laine ! Vents des cieux qui buvez, comme une coupe pleine, Le sang sacré des morts, après les longs combats,
Descendez, vents des cieux, et desséchez la plaine; Si l'herbe y garde encor le parfum de ses pas ! Si l'air tiède du soir garde encor son haleine. Descendez, vents des cieux, et ne le souffrez pas !
Et secouez du front des grands arbres pleins d'ombre Les mystères muets et les charnies saris nombre Qu'à tout ce qu'elle voit ont apportés ses yeux !
Doux gazons, bois géants, splendeurs de la matière. Vous ne me prendrez pas son âme tout entière : — Dispersez-la plutôt, vents terribles des cieux!
Ceux-là qui uieurtrissaieut leur eluiir sous des ciliée: Et sous Tàpre douleur des flagellations. N'avaient que leur sang seul à verser aux calices Uù b »it la lèvre en feu de nos tentations.
i'k'ins d'eux >cuL. ils goûtaient les amères délices D'assouvir sans remords d'augustes passions, Et, de leur seul trépas volontaires complices, Mouraient sous la ferveur des adorations !
Leur supplice était doux et le iiiieii m'épouvante. S'il faut, qu'avant le temps, pour liàter notre amour, Meure ton noble corps dans sa gloire vivante :
Et je pleure, jaloux de ce bien sans retour, — Inexorable loi faite à notre liyménée, — Ta forme impérissable à périr condamnée !
l.tS VESTALES. m
VU
Quand ht Mort me reiidia son àuic délivrée, L'ombre viendra poser sur mes yeu\ eiidoiiiii> Lu douceur des baisers que ma sœur lu'a pronus, L'ombre qui peuplera l'immensité sacrée !
Gardiens de mou espoir et de la foi jurée Au seul et triste amour que vous m'avez permis, Cieux vivants, dites-lui, qu'elle en soit déchirée, Le mal que j'ai soulYert d'un cœur ferme et soum
Quand la Mort me rendra (on unie, ù ma Colombe, Je ne souffrirai pas qu'aux roses d'une tombe Refleurisse l'éclat mortel de ta beauté!
C'est dans l'oubli j;dou\ de (a splendeur cruelle Que je veux à jamais, sereine volupté, Boire tes longs parfums, o ileur spirituelle !
VI Jl
L'uiiibi'c clôt les cliL'iiinis d"Lm mobile iiunzou Que reculent mes pas sans en briser l'obstacle,
Enferiiuiiil thiii> la iiiiil. coiiiiue eu un tabernacle, Mou rêve qu'ont iiieurlii le jour et la raison.
Le jour et la raisou sont cruels au miracle De ta sainte promesse, ànie sans trahison 1 Mais, pareil aux croyants assis dans le cénacle, De Tamour étemel j'attends la lloraisou.
Quand raul»;' anr.i jiriilé. ju-(]u'au dernier, les voiles
Que drosc chcniiif nuit >iu- ses p;is |.:lorieux.
Je vous verrai, ma sœui-, dans le chœur des étoiles
K' claii^ Téclat ^aii- tiu du jour virlorieu.v ;
Je vou^ reiicoulrei.ii, dans le> cieux, la première.
Et uoii> HOU- aiuierou- loii;^temp^ — dans la luuiière!
LES VESTALES Hi
La miit cheniiiie et, >;iir ses pas silencieux, La poussière d'argent des astres s'est levée Tout le loua de la i*oute éternelle des cieux
Où fleurit mou espoir eonnne un lis ténébreux, Vierge au pas indolent que mon àme a rêvée, Et, quand sur les sommets vous serez arrivée. Des étoiles luiront sous vos pieds amoureux.
Car le jour m'a brûlé de feux que je recèle, Pour garder à la nuit sa jalouse étincelle Et porter à la Mort un baiser surlmmain...
Cependant qu'elle vit, ma douce bien-aimée. Seuls vous baisez tout bas sa robe parfumée, Grands bois af^enouillés le long de son cbemin!
lU I-ES AMOURS.
Vous m'avez, mon amour, contrislé san> merci : Los jours sont longs à ceux que l'attente consume Et (le qui Tombre seule a connu le souci!... (Juand r;iulx' intérieure en leur àme s'allume,
Va que leur vision, dans l'azur obscurci,
Se dresse lentement comme un lirouillanl (|ui fume,
Des maux inconsolés oubliant l'amertume,
Ils ne regrettent plus d'avoir souffert ainsi.
Ils savent que le bien de n'aimer que des songes Est d'abolir l'affront des terrestres mensonges Et d'asseoir son lioidicur dans la sérénité.
Vous m'avez, mon amour, sans merci contristé :
Les étoiles rêvaient sur le bord de la nue
Et j'étais à genoux : — vous n'êtes pas venue !
A quoi bon to voiler durant f[uo j'ni des yeux? Rien ne m'est inconnu de ton moilel visage Ni des splendeurs du fruit que, dans sa aeiu' sauvage (je soleil a mûri pour la moisson des cienx.
De ta forme terrestre épiant le mirage
Sous les dormantes eaux des bois silencieux,
Trun immuable aspect j'ai conçu ton image
El dressé, sous mon front, ton coips barmonieiix.
Je sais la pourpre errante aux contours de ta Itoudn' Où mes désirs jamais ne seront apaisés ; Mais je maudis tout bas la puissance faroucbe
Qui m'a fait deviner la saveur des baisers
Et suspend, sans pitié de mes ardentes fièvres.
Cette vendante amère au-dessus de mes lèvres î
lY