‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 11 sur 65 · PROFILS PERDUS · texte numérisé non relu

PROFILS PERDUS

Des yeux si grands qu'un coin du ciel doit s'y trouver Si profonds qu'on dirait deux étoiles tombées Au creux du lac d'argent où la Nuit vient rêver, Quand l'air vil)rant s'emplit du vol dos scarabées.

Comme un arc de corail, les lèvres recourbées Ont des traits dont nul cœur ne se saurait sauver ; Et David, sur ses pas, eut cru voir s'élever Les jardins oii passaient les l)lanclies Bethsabées.

Dans sa grâce robuste et sa douce lierlé. On penserait, à voir sa riante beauté.

L'épanouissement d'une rose trémière.

L'ombre de ses cbeveux, sombre et vivant réseau, Baigne amoureusement son teint fait de lumière Et passe, sur son front, comme une aile d'oiseau.

Du front étroit jaillit sa largo chevelure,

Flot vivant qui dormait au cœur d'un maibre blanc,

Écliappée au contour serré de l'encolure,

La ligne s'arrondit pour embrasser le flanc.

La cnisse épaisse assied son contour opulent Sur un mince genou; — frêle, flexible et sure, La clieville soutient, comme \\n lis indolent. Son beau pied que jamais n'outragea la cbaussure.

Enfant île l'art moderne é|)ris de l'art païen, .Fadoro, comme un Grec du temps athénien, La femme que revêt cette splendeiu* insigne,

Oui fait tout mon respect de sa seule beauté

Va. ]tnreillo à Léda. montre sa nudité,

FièiT à tenter un dieu, blanche à tromper un cygne!

PROFILS PLRÛUS. 119

Est-ce le cygne aiiliquo, esl-Le l'ange ehrélieii Qui, volaiil près de loi dans la nuit soleitnelle, A laissé sur ton cou la blancheur de son aile, Vierge à l'air tout ensemble ascétique et païen?

L'inexorable l'eu de l'amour ancien Bride mysti([uement aui'ond tle la })runelle, Et l'irritant éclat de ta splendeur charnelle S'amortit aux candeurs de ton chaste maintien.

Quel souvenir des Cieux, ô fille de la Terre, A ta grâce robuste unit ce charme austère Et d'un parfum claustral entoure ta beauté ?

Quel précoce dégoût de nos plaisirs moroses? Quel mépris de l'amour ou quel oubli des roses ? 0 Fleur de sacrifice ! — 0 Fleur de Volupté !

120 LLb AMOURS.

lY

Désertant Tcau (|ui durt, les pleurs vivants des saule: Parmi sa chevelure abondante ont coulé, Et les lis paresseux ont pourtant seuls filé La clarté qui jaillit de ses blanches épaules.

Non pareille à la fleur pale dont chaque nuit, Vase empli de rayons, referme la corolle, Dès que le soir descend sur nous, sa bouche folle S'illumine de rire et, rouge étoile, luit.

Tout est gaîté, chanson, insolence — que sais-je? Et mépris de l'amour dans son être joyeux. Vn rêve cependant parfois passe en ses yeux

Pareils à deux Iduets (pi'aurait -urpris la neige.

l'ROFILS PERt)lS. 121

Sur la poili'iiie vIergL', une abeilk' amuareiiSL' Grave, d'un dard brûlant, deux pudicjues rougeurs El pose, en bourdonnant, sur ta lèvre peureuse. Le miel des longs baisers aux nioileuses fraîelieurs !

Sous ta poitrine vierge, une source mystique S'enlr'ouvre au cœur du marbre et 1 "emplit de frisson? Et murmure et t'endort, au bruit de ses cliansons. Comme Narcisse au bord de la fontaine antique !

Sur la poiliine vierge, essayant ses clartés, Enfant, le doux soleil de ta quinzième année Fleurit le lis tremblant des chastes voluptés.

Sous ta poitrine vierge, une douleur est née; Déjà tes lèvres, femme, ont appris les sanglots, Et, sous le faix des pleurs, les doux yeux se sont clos I

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