‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 40 sur 65 · I.NYOCATION · texte numérisé non relu

I.NYOCATION

0 Nature, mère immortelle.

Dieu vivant parmi les dieux morts, Consolatriee des remords!

Nature, ta puissance est telle Que, par toi, clrintent les douleurs Et les tombeaux |)ortent des fleurs.

En toi vit la beauté des mondes, La pitié des cieux éternels.

L'amour des êtres Iraternels!

Silence des Ibrèts profondes , Voix des blés et plainte des eaux.

Cbanson marine des roseaux !

Raison suprême de la vie.

Dieu doux parmi les dieux méchants,

Niiture, à loi montent mes chants!

Déesse par les Temps servie.

Tombeau des cultes délaissés. Solitude des cœurs blessés.

A toi montent mes chants, Nature.

0 Mère du soleil vainqueur Et de celle qui nous torture Sans jamais lasser notre cœur!

M ATI TINA

Le bleu du ci'-'l pâlit. Comme un cygne émergeant D'un grand fleuve d'azur, l'Aube, parmi la brume, Secoue à l'horizon les blancheurs de sa plume Et flagelle l'an* vif de son aile d'argent.

Un long tressaillement autour d'elle s'éveille. Et, par flots onduleux jusqu'au zénith monté. Dans l'azur transparent déroule la merveille Tes formes qu'envahit sa vibrante clarté.

La grande mer des bruits dans l'atmosphère élève

Les retentissements de son tlux solennel

Et bat, sans l'ébranler, comme un roc éternel.

Le lourd sommeil des morts- endormis dans leur rêve.

Mais, itaroil aux roseaux qu'atteint le flot montant. Le peuple des vivants s'ébranle dans l'espace. Et, couché sous le poids de la vague qui passe, Vers des buts inconnus se disperse, flottant.

Cependant qu'aux frissons des brises échappée, La Terre s'alanguit aux tiédeurs du réveil. De longs éclairs, pareils à des lueurs d'épée, Creusent, à l'orient, leur sillage vermeil.

Alors l'Oiseau (li^ill. le Cygne. l'Aube blanche. Sentant dans l'air en téu son àme se sécher, Comme le vieux Phénix sur la flamme se penche Et meurt dans le Soleil comme sur un bûcher!

LA VIE DES CHOSES. 2(ll

De rhorizon perdu dans les frissons de l'air, Comme nn fleuve lailé, la lumière s'épaiiclie Sur les coteaux légers que baigne son flot clair :

— L'Aube sur les coteaux traîne sa robe blanche.

Les grands arbres, sentant les oiseaux éveille's, Chuchottent dans la brise errante où s'évapore L'ànie des derniers lis par la nuit effeuillés :

— L'Aube sur la forêt pose son pied sonore.

Sur l'herbe drue où court l'insecte familier Une gaze de longs fils d'argent s'est posée, Et la bruyère aiguë est pleine de rosée :

— L'Aube sur les gazons égrène son collier.

— Daii> lo ruisseau que l'Aube effleure de ses voiles, Se réfléchit déjà le doux spectre des fleurs, Et, sous l'onde où tremblait l'œil furtif des étoiles. S'ouvre l'œil alaugui des pervenches en jileurs.

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