LES ARBRES
Les grands cliêiies, pareils à de soinl)res amants, Tordent dans l'air lenrs bras où pend lenr chevelure. Et, debout sous le vent, ont la sinistre allure Des mornes désespoirs et des accablements.
('omme un prince très-vieux dont la tète vacille Sous le poids des longs jours, le bouleau maigre et blanc, Haut et d'argent vêtu, se dresse somnolent Dans une majesté vaguement imbécile.
Les peupliers ardus ont l'air d'âpres chercheurs Que sèche la pensée et qu'alanguit le rêve, Qui, vers l'azur tendus, y poursuivent sans trêve Des nuages volants les mortelles fraîcheurs.
Près (les sources où dort l'àine errante des fleuves Qu'ont bus les sables d'or et les soleils jaloux, Pleure, au front incliné des saules à genoux, L'immortelle douleur des mères et des veuves.
— C'est qu'ils portent en eux, les arbres fraternels, Tous les débris épars de Tbiunanité morte Qui Hotte dans leur sève et, de la terre, apporte A leurs vivants rameaux ses aspects éternels.
Et, tandis qu'atïrancbis par les métamorphoses, Les corps brisent enfin leur moule passager, L'Esprit demeure et semble à jamais se figer Dans l'immobilité symbolique des choses.