LA DOUBLE VIE
Quelque chose de moi, plus vivant que la vie, Plus vrai (|ue le lëel dont je croyais souffrir, Plus puissant que l'amour dont j'eus l'àme asservie. Quelque chose de moi qui ne saurait mourir,
C'est la part de moi-même à moi-même ravie, Éparse au sein de tout ce qui ne peut Unir, Q.ie l'oubli me dérobe et que la mort m'envie, Celle que n'atteint plus même mon souvenir!
Ce qui de moi s'en fut ver- la chose éternelle Qui fleurit sous les cieux du divin renouveau, Ce que m'a pris le Rêve, eiuportant sur son aile Mes aspirations vers le Juste et le Beau ;
Ce que j'ai dit tout bas à la nuit solennelle Quand son aube invisible éclairait mon cerveau, Ce que mes yeux ont vu quand j'ai clos ma prunelle, Ma chair ne saurait plus l'entraîner au tombeau !
Je suis dans tout cela qui loin de moi demeure, Partout où sous des cieux vola mon rêve allier, Et tout cela vivra, que je vive ou je meure :
— Mon suprême désir me fera tout entier. — Mon suprême désir et mon amour suprême Dont l'objet immuable a dispersé mon cœur : Donc, vainement le Temps me chasse de moi-même;
L'Éternité saura m'y ramener vainqueur !