‹ Poésies, 1866-1874Chapitre 64 sur 65 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

Pour qu'à l'espérance il ne cède, J'ai muré mon cœur révolté Dans la morne fidélité Du souvenir qui le possède.

Vers l'horizon où l'aube a lui Pour qu'un vain rêve ne l'emporte, Comme une inexoral^le porte, ,1'ai fermé le passé sur lui.

J'ai dit : ma part me lut comptée D'aimer sans en savoir mourir.

L'ombre est douce à qui veut souffrir Que me ferait l'aube enchantée?

Puisque ne peut m'ètre rendu L'iieur de revoir le doux visage Qui lut ma joie et mou courage Et que. perdant, j'ai tout perdu!

L'EXIL

L'EXIL

A l'orgueil de mon rêve énamouré des cieux, Ta beauté surhumaine a fait une patrie. Tourné vers l'Orient, proscrit silencieux, Le temps n'a pas lassé la ferveur dont je prie.

Le temps n'a rien changé dans le cours de mon san^ Les rives qu'il poursuit, tes pas les ont foulées. Je mourrai l'œil tendu vers le soleil absent, Et le sein grand ouvert aux brises envolées.

L'air vide et le ciel vide ont roulé, sur mon front, Des matins sans fraîcheur et des nuits sans aurore. Mon souffle et mon regard ensemble s'éteindront, Mais, vers l'astre natal, ils monteront encore 1

Ils iront se brûler à son Gambeau vermeil Plutôt que de mourir dans la nuit éternelle ! Ahl pour les bien garder tout entiers au soleil. Je veux clore ma boucbe et clore ma prunelle.

Car Taube qui jadis lit ployer mes genoux,

Luit encor sous mon front, dans sa clarté première;

Aveugle volontaire et de son mal jaloux,

Dans mes yeux refermés j'emporte la lumière.

J'ai voulu demander ma grâce bien souvent, Mais la terreur m'a pris de ta face superbe, Et mes os ont tremblé comme la feuille au vent ; Mou couraic a ployé comme eût fait un brin d'iierbe.

j'ai voulu confesser le crime cliàtié,

Et jusqu'au repentir lâchement condescendre :

J'ai pensé que les dieux ignorent la pitié.

Et détournent kurs veux des fronts tachés de cendre.

J'ai pensé que les dieux ignorent le remords, (Jue la prière insulte à leur grave pensée, Et que les oubliés comptent parmi les morts,

Dans l'austère dc-^ein de leur bonté lassée.

L'EXIL. 279

Je reste donc muet comme clans un tombeau : Du souvenir en moi veille la lampe sombre. J'ai la brûlure après la clarté du flambeau, La brûlure du feu dans le froid noir de l'ombre !

Et j'attends ! Cependant qu'un monde prosterné Boit une âme au cliemin de ta beauté farouclie, J'attends qu'un rayon seul, au vide abandonné, Descelle, en les toucliant, ma paupière et ma bouche.

L'ANiMYERSAIRE

Je ne respire plus, dans l'air tiède d'été, Les parfums de ton corps et de ta chevelure : Mais comme un feu secret au fond d'une brûlure, Le désir de ta bouche à ma bouche est resté.

Tu demeure:. Je Rêve, ayant été la Vie; Mon front en-^or ^aincu cherche ton pied vaiiupieur Car tu fis de mon être, en déchirant mon cœur, Deux parts dont l'une est morte et l'autre inassouvie.

Que fait, à qui connut tes charmes sans pareils, L'inutile beauté des songes et des choses? Sur tes lèvres en fleur j'ai bu l'oubli des roses Et dans tes yeux profonds le mépris des soleils !

Donc, n'e>pérant plus rien des cieux ni do la terre, M des dieux, ni de toi, ni même de l'oubli, Je ne sens vivre en moi, mort mal enseveli,

Qu'un souvenir pensif, profond et solitaire.

D'autres peuvent servir la beauté dont je meurs

Et tomber tour à tour du faîte de leur rêve,

Avec des cris profonds ou de vaines clameurs :

Plus haut qu'eux, en plein ciel, mon rêve, cà moi, s'achève.

Depuis que, demeuré sans guide par l'air bleu. Pour expier l'affront de l'avoir contemplée, S'abaissant pour jamais, ma paupière brûlée Enferma sous mon front la vision de feu.

Je n'ai jamais maudit, dans mon cœur solitaire. Ni son éclat mortel, ni la hauteur des cieux. Comme l'aigle aveuglé qui vient heurter la terre Quand le soleil trahit l'audace de ses yeux ;

Mais, sous la nue immense et par l'azur rebelle, L'œil sans lumière, au fond de Téternel séjour, Je vais conter aux dieux, qu"Elle seule étant belle. Loin d'EUe mes regards n'ont plus souci du jour'

LA GLOIRE DU SOUYEÎsIR.

Sous la nue où j'erre eu silence

Plus d'une étoile m'a parlé :

Que fais-lu dans la nuit immense?

— J'ai dit : Je suis l'inconsolé.

J'ai les yeux percés d'une lance l

Écoute, m'a dit la première, Je suis l'Étoile de Pitié :

Je fais deux parts de ma lumière Et je t'en donne la moitié.

— J'ai dit : Garde-la tout entière!

L'Étoile d'Amour, la seconde, M'a dit : Par mes baisers llottants

J'ai, sur la vieillesse du monde, Fermé les blessures du temps.

— J'ai dit : La mienne est plus profonde !

L'Étoile d'Espoir, la troisième, M'a dit : Vers tes pas incertains Je veux la guider elle-même.

— Pour rallumer mes yeux éteints J'ai dit : 11 faut celle que j'aime!

Plus de clarté git en sa main

Qu'il n'en faudrait pour peupler l'ombre.

Tout luit en son front surhumain,

Et Dieu lit, des astres sans nombre,

La poussière de son chemin !

Tel mon cœur, astre obscur que la chaleur déserte, Sentait, sous ses pieds nus, rayonner la fierté. Et d'un sang rajeuni la vermeille clarté, Sous ses ongles, monter à ma poitrine ouverte.

— Tel mon cœur, astre obscur (|ue la chaleur déserte !

0 torhu'e divine, ô poids doux et sacré De son corps virginal en qui la mort nous tente ! Le rhythme de mon souffle, à son pas mesuré. S'éteignait au toucher de sa robe flottante.

— 0 torture divine, ô poids doux et sacré !

Mais depuis combien d'ans est-elle donc passée ? Piien ne marque les temps le long de mon chemin :

290 L'AMOUPx.

C'est pour rélernilé que mou ame est blessée, Et tous les jours sout hier pour uu tel leudemaiu!

— Mais depuis eombieu d'aus est-elle doue passée?

Je suis épouvauté de me seutir vivaul ! Ma douleur a compté taut de sièeles^daus l'ombre Et taut de valus espoirs daus la plaiute du veut ! Éteruel est l'adieu qui l'ait ma route sombre.

— Je suis épouvauté de me seutir vivaut !

GLOIRE DU SOUVEMP. 291

lY

Ah! si l'Étoile delà Mort, A ses propres feux consumée, N'est plus riiôtesse accoutumée Du souvenir et du remord,

Où fuirai-je, si l'étendue S'ouvre à mon vol sans le fermer S'il me faut à jamais t'aimer Toi qui m'es à jamais perdue?

Toi qui passes, rayonnes, luis Et fais vivant ce que tu touches, Lumière de mes yeux farouches, Où fuirai-je, si tu me fuis?

Où s'en va le vent qui m'emporte ?

Où gît le repos de mon cœur, Puisque, sur ton chemin vainqueur, L'Étoile de la Mort est morte !

A GLOIRE DU SOUYE>'IR. 29j

Le seul qui monte aux cieux est le bruit lent des flots, Quand la Nuit à leur voix ouvre ses grands silences Et, comme le sang perle à la cime des lances, Égrène, dans l'air froid, leurs rbythmiques sanglots.

Ainsi que le plongeur qui garde en son oreille Le retentissement cadencé de la mer.

J'ai gardé sous mon front et dans mon cœur amer Une voix obstinée, au bruit des flots pareille,

Qui berce ma douleur comme en un lit profond Et sur mes désespoirs passe comme une larme. Sa voix, sa voix qui pleure et qui ment et qui cliarme Et qui feint de guérir le mal que ses yeux font,

La Xuit est sans pitié qui m'apporte ce leurre D'entendre encor sa voix comme un chuchottement, Sa clière voix qui charme et qui pleure et qui ment, Sa douce voix qui ment et qui charme et qui pleure !

J'ai rencontré les cygnes blancs Qui, leurs grandes ailes tendues, Allongeaient vers les étendues Leurs cous nobles et nonchalants, Leurs cous pareils aux bras tremblants Dont les caresses sont perdues.

Leur vol égal et fraternel

Battait lourdement l'air qui passe ;

Moroses, ils tendaient l'espace

Oii palpite un flux éternel ;

Et leur cortège solennel

Fuyait sans y creuser de trace.

— Changez d'azur, doux exilés !

Désertez à jamais la terre.

Mais qui vous rendra le mystère Des lacs par la nuit étoiles?...

Frères, je vais où vous allez :

Emportez mon cœur solitaire !

Vn souffle amer nous a meurtris Et sa grande aile est déchirée :

Celle qui me fut adorée Loin d'elle a chassé mes esprits.

— C'est elle qui nous a proscrits, Répondit la troupe sacrée.

Nos honneurs sont ensevelis :

Nous étions la hlancheur ailée Dont, un jour, s'était envolée L'auréole des fronts pâlis !

— Nous étions la blancheur des lis Et de la neige immaculée.

Mais devant son corps enchanté Nos clartés sont des omhres vaines :

L'azur frémissant de ses veines Court au bord de son front lacté.

Elle est rimmortelle Beauté Faite des choses souveraines.

Devant la grâce de ses traits Toutes grâces sont défendues.

— Fuyez seuls vers les étendues.

Doux oiseaux, et mourez après....

Car à ses pieds je volerais Si des ailes m'étaient rendues !

0 pâleur, ô clarté nocturne de son front, Rayon lunaire pris au frêle réseau d'ombre * Que jette autour de soi sa chevelure sombre. Pour être éteints, mes yeux jamais ne t'oublîront,

Mon esprit veille encore à ta lueur brisée, Lampe marmoréenne, admirable flambeau!

Si la pitié des dieux te laisse à mon tombeau, Le sommeil sera doux à mon ombre apaisée.

0 blancheur, ô clarté froide de ses seins nus, 0 soleil prisonnier sur la neige vivante, 0 brûlure de glace, ô fraîcheur décevante,

Éclairs d"acicr ! je meurs de vous avoir conmis.

Et mon cœur est pendu comme au Ijout d'une épee, Au souvenir aigu de ses seins triomphants ! — Mais la douleur m'apprit la douceur des enfants Et mon àme bénit celle qui l'a frappée.

Si. tout mon saiii: luit de mou cœur, Je veux que, sous tou })iecl vaiuqueur, Eu tombe la dernière goutte!

Mon âme errante y sera toutç.

Des roses rouges en naîtront Qui vers ta bouche élèveront, Comme des lèvres enflammées, Mes blessures jamais fermées.

Pour le calice de ces flem's L'Aurore n'aura pas de pleurs, Les voyant pleines tout entières De ceux (inuiit versés mes }>aupières.

Si vers leur parfum languissant Tu penches la tète, en passant, Comme un souffle qu'on effarouche, Mon àme en fuira sur ta houche.

502 L'AMOUK.

Tu lèvre u bu k' suutlk' à la lèvre des Heurs. Lorsque tes yeux ont pris à l'Aube la lumière, Sous l'Aube en l'eu ta lèvre a bu, parmi ses pleurs, Leur grâce à peine ouverte et leur odeur première. — Ta lèvre a bu le souffle à la lèvre des fleurs.

El c'est pourquoi ton sein, gonflé de leur baleine. Monte et s'épanouit dans la l)lancheur des lis, Et toutes les splendeurs dont ta jeunesse est pleine Exilaient les parfums longtemps ensevelis Dans ton sein virginal gonflé de leur baleine.

Connue un ferment sacré qui tend vers les soleils* Et jaloux de renaître en ta beauté profonde^

Ces germes odorants font tes charmes pareils A l'épanouissement du printemps sur le monde. — Tel un ferment sacré qui tend vers les soleils.

Et seules, du printemps éternel exilées, Meurent les tristes Heurs qui naissent de mon sang ; Les fleurs, sur le sol nu par ton pied nu foulées, Sans monter jusqu'à toi leur parfum languissant, Les fleurs, les seules fleurs du printemps exilées !

m L'AMOUR.

Les aveugles et les amants

A qui la clarté fut ravie,

Vivent exilés de la vie,

Et je sais leurs divins tourments.

Ceux-là surtout dont la paupière A connu l'Aube et la Beauté, Dont le souvenir s'est sculpté, Fixe, dans un rêve de pierre.

Ceux que l'immuable a faits siens, Prisonniers de la nuit profonde, Et dont l'àme enferme le monde De tous leurs bonbeurs anciens.

Loin d'eux I'AuIdc et la Bieii-aimée Réveillent des cœurs et des yeus Et, sur des fantômes joyeux, Versent la grâce accoutumée.

Mais leurs yeux, dont l'ombre a banni L'image troublante des choses, Derrière leurs paupières closes, Se sont tournés vers l'infini

Où, pour la splendeur sidérale Désertant le charme maudit.

L'idole, étant dieu, resplendit Dans une lumière idéale !

Âh! je me trompe en vain moi-même et j'ai menti : Cai' le rayonnement de ta gloire charnelle A brûlé dans mes yeux la lumière éternelle Et le vide a peuplé mon front appesanti.

Comme au choc de la foudre un marbre se fait sable, J'ai senti fondre en moi l'antique Vérité :

Rien n"est divin que Toi, n'est saint que ta Beauté, Et rien n"esl éternel que ton corps périssable !

Rien n'est vrai que ta bouche où la parole ment, Juste que le caprice errant de ta pensée, Doux que le mal cruel dont mon âme est blessée, Et sûr que le fragile espoir de mon tourment !

Car je suis le damné de ta Beauté profonde, Le douloureux amant que veut ta cruauté, Et, pareil au Titan par les cieux emporté, Oiî se heurte mon cœur j'y sens périr un monde !

508 I.'AMOrR.

0 poussière d'astres brise's Que soulève le vent nocturne, Jusqu'au firmament taciturne Monte tes lumineux baisers.

0 lumière pâle et lactée, Cendre d'argent d'astres éteints, Au bord des horizons lointains Monte ta blancheur enchantée.

Tombé des cieux, je leur ai pris Des étoiles, et vais, sans trêve.

Dans l'or dispersé de mon rêve.

Couronné de ses vains débris.

Et parmi la vaine fumée Où s'en va ce qui fut mon cœur, Tout blanc, ton fantôme vainqueur M'enveloppe, ô ma bien-aimée !

Ayant lait prisonniers mon esprit et mes yeux, La chère vision sans cesse les promène Sous la caresse lente et le frisson soyeux Des formes où fleurit ta beauté surhumaine.

Elle emplit de langueurs douloureuses ma chair, Et fait monter le flot des baisers à ma bouche. Car dans l'inanité décevante de Eair,

C'est toi que je respire et c'est toi que je touche !

C'est toi qui bois le souffle où mon ame a passé, Et creuses dans mon sein les profondes angoisses Et, plus étroitement que l'habit que tu froisses, Autour de ton beau corps tiens mon être enlacé.

Et du mal dont je meurs je ne sais plus la place; Car, esclave meurtri de ton corps triomphant, Sous sa blancheur de neij^e, une étreinte de glace, Comme un arbre captif, a pris mon cœur vivant !

L'impérissable orgueil de mon cœur vient de celle Qui daigna sur mon cœur poser son pied divin Très-longtemps et très-fort, — afin qu'il se souvînt : Depuis je n'ai connu la douleur que par elle.

Car j'ai souffert des maux qu'elle n'espérait pas, Fier du sillon saignant qu'elle ouvrit dans mon être Et qui des dieux jaloux me fera reconnaître : 0 gloire ! j'ai servi de poussière à ses pas !

Et je reste meurtri loin de la route ailée Où sa course égarait le caprice des cieux. Meurtri, vide, et pareil à l'air silencieux Que brûle encor le vul d'une étoile envolée.

Sidérale blanclieur du front pur qui, vers moi, Pencha du firmament la lumière sacrée, Vision tout entière en mon cœur demeurée, L'impérissable orgueil de mon cœur vient de toi !

Je dirai Ui beauté perdue à ceux qu'oi'fense

La superbe de ma douleur, Ton frout marmore'en, éternelle pâleur,

Ton sourire, éternelle enfanee;

Et tes yeux au regard magnétique et profond,

Pareils aux lampes vénérées Qu'un jour intérieur illumine et qui font

i^dpiter les ombres sacrées ;

Et l'éclat de ton col dressé jusqu'à l'orgueil De ta face où dort la lumière,

La fête de ton teint lilial et le deuil De ta sombre et lourde crinière;

LA GLOIRE DU SOUYE>'IR. 51r>

Et tout ce qui me fui le suprême abandon

Des Cieux, du Rêve et de la Vie, Ta beauté surhumaine où mon âme asservie

Trouve sa gloire et ton pardon !

516 L'AMOl'R.

Sous les cieux que peuplait de ses grâces robustes L'héroïque troupeau des filles dWstarté, Calme, j'aurais été, durant l'éternité, Le familier discret de tes formes augustes.

A l'ombre des splendeurs sereines de ton corps J'aurais dormi le rêve éternel que je pleure, Absous des trahisons de l'espace et de l'heure Qui font tous nos pensers douloureux et discords ;

Et d'une mort sans fin, plus douce que la vie, Ta lèvre eût mesuré, seule, l'enivrement A mes sens confondus dans l'immense tourment Dont Vénus embrasait l'immensité ravie.

0 douleur! — le temps fuit ; le temps brise! — tu pars, Et, des bûchers mortels dédaignant la brûlure, Tu t'enfuis emportant, parmi ta chevelure. De mes cieux déchirés tous les astres épars.

318 L'AMOrPv.

XYII

Et pourtant rinfiiii qu'en leur vol diaphane Poursuivent, sous ton front, tes rêves surhumains. Je l'enfermai pour toi, moi mortel, moi profane, Dans mon cœur élargi par mes sanglantes mains.

Dans ma poitrine ouverte, argile sacrile'ge, J'avais senti passer l'àme errante des Cieux, Portant, comme un parfum, jusqu'à tes pieds de neige, L'immense amour qui fait l'azur silencieux;

Qui fait la mer pensive et tristes les étoiles Dans Tair vibrant du soir que bat son aile en feu, Qui fait la nuit sacrée et sème ses longs voiles D'astres brûlants tombés des paupières d'un dieu.

Ces pleurs divins, ces pleurs que ton orgueil réclame, Cet infini qui fait ton mal et ta pâleur, Pour toi je l'ai porté tour à tour, dans mon âme, Vivant, dans mon amour, et mort, dans ma douleur 1

La fierté de mon être ici gît tout entière : Mesurant au tombeau l'amour enseveli, J'ai jugé sa grandeur à peser sa poussière, Et pour lui;ie crains pas l'outrage de l'oubli.

A l'horizon perdu des visions aimées, Son spectre, chaque jour, se lève grandissant. Et, comme un soleil rouge au travers des fumées, Teint ces pâles brouillards du meilleur de mon sang.

En fuyant vers l'azur malgré toi tu l'emportes Dans le pli virginal de tes voiles sacrés, Ce sang vermeil et doux des illusions mortes Dont ma veine a rougi tes beaux pieds adorés.

Et je monte vivant, avec toi, sur la cime Où te suit sans merci mon amour obsesseur, Palpitant comme toi de ton rêve sublime, Fille auguste et terrible, ô cruelle! ô ma sœuri

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