‹ Poésies, 1871-1883Chapitre 12 sur 41 · INTÉRIEUR — AT HOME · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR — AT HOME

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ES arbres couronnant les hauteurs de Windsor S'effeuillent tristement sous la bise et la pluie. La frileuse hirondelle a pris son libre essor, Et vers d'autres soleils à grand vol s'est enfuie.

La belle au manteau noir a pour six mois d'exil.

Loin de nos ciels brumeux, loin de nos feuilles mortes.

Elle s'en va tout droit jusqu'aux rives dn Nil

Voir les sphinx de granit de la Thèbe aux cent portes.

Dès cinq heures du soir votre île est dans la nuit. Les groupes assombris des chênes et des hêtres Se rebroussent au vent qui les heurte à grand bruit, Secouant les châssis de vos doubles fenêtres.

Mais qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente au dehors, Et qu'en longs sifflements la bise se lamente, Qu'importe! — Vos enfants, vos blonds et chers trésors, Veillent au coin du feu sans craindre la tourmente.

Chérubins florissants de joie et de santé. Vifs comme des oiseaux et frais comme des roses. Quand vous leur préparez les sandwichs et le thé. Toutes les portes sont hermétiquement closes.

Épais rideaux tombants, laines de chauds tapis. Comme des gazons drus sous leurs pieds étoffées. Ne laissent pénétrer que des bruits assoupis. Les fâcheuses rumeurs sont d'avance étouffées.

Ils commencent à lire et leur groupe joyeux (Les deux garçons joufflus et la petite fille) S'accoude sur la table en ouvrant de grands yeux. Qu'éclaire également la lampe de famille.

Les charmants curieux aiment à se pencher Sur les riches couleurs des beaux livres d'images Où l'on voit, peinte en or, une étoile marcher Dans la nuit de Noël pour guider les rois Mages;

Les récits merveilleux de Sinbad le Marin,

Passant par Gibraltar et le pic Ténériffe,

Et le mystérieux et profond souterrain

Où descend, loin du jour, la sombre Anne RadclifFe.

Vous écoutez leur voix d'un cœur épanoui, En voyant leur pensée ingénument éclore. Et voire œil maternel est souvent ébloui, Car ces jeunes esprits ont des clartés d'aurore.

Quand ils sont chaudement blottis dans leurs berceaux, Et découvrent en songe une terre inconnue. En croyant ressentir la houle des vaisseaux, Q.ue sur un flot d'azur leur sommeil continue;

Lorsque vos bienheureux dorment d'un souffle égal, Que leur bouche fleurie en souriant respire. Vous gagnez lentement votre lit conjugal. En songeant à leur père, à bord de son navire,

'jd LÉGENDES DES BOIS

'Qui, loin d'eux et de vous navigue dans la nuit, Et doublant le cap Horn ou le cap des Tempêtes, Allant où son devoir de marin le conduit. Tandis que vous veillez saintement sur trois têtes.

Les fils pourront un jour fièrement déployer Leur pavillon à bord du vaisseau qui les porte; La fille gardera les vertus du foyer, Qui font de l'Angleterre une île grande et forte.

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