‹ Poésies, 1871-1883Chapitre 18 sur 41 · BARRA · texte numérisé non relu

BARRA

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lyjL ÈRE, n'entcnds-tu pas des fanfares qui sonnent.. Et des bruits de tambours?

— Non, c'est le vent du soir.

Sur le bord du chemin les vieux ormes frissonnent...

Mère, on voit sur Paris flotter le drapeau noir,

En signe de grand deuil, aux tours de Notre-Dame...

Je partirai... La France aujourd'hui nous réclame.

De la frontière, il faut qu'on chasse l'étranger.

Je veux défendre aussi la Patrie en danger.

— A ton âge, partir... Ah! je n'y pensais guèrcs. N'es-tu pas de beaucoup trop jeune, pauvre enfant?. Tu n'es pas assez fort pour de si rudes guerres.

— Aimerais-tu mieux voir l'ennemi triomphant?

Sur la Meuse, le Rhin, la Sambre, la Moselle, Les montagnes, les bois, les champs sont envahis. C'est un flot débordant sur le nord du pays, Et la France demain ne sera plus chez elle.

Jeunes, vieux, grands, petits, ouvriers, paysans, A la hâte s'en vont... tout le monde s'enrôle. A mon âge, un fusil n'est pas lourd sur l'épaule. Pour faire son devoir, on est homme à treize ans.

Autrefois Jeanne d'Arc, une fille, est partie Alors que nous étions dans un danger pareil (On croyait, m'as-tu dit, la France anéantie.) Simplement de son cœur elle avait pris conseil.

Le canon de Paris porte à cinq et six lieues. Ma mère, cette fois, j'ai très bien entendu. Sa rude et grosse voix fait appel aux banlieues. Sourdement en plein cœur le coup m'a répondu.

— Oui, mon fils, en effet, c'est le canon qui gronde.

Tu partiras plus tard reste encore avec moi.

Il en est pour la guerre assez d'autres sans toi...

— Mère, pourquoi pleurer ? Tu n'es pas seule au monde . Nous sommes trois enfants; il t'en restera deux. Et, l'ennemi vaincu, je reviens auprès d'eux.

Mère, n'entends-lu pas des refrains militaires?

(Au jour du grand combat, j'en veux prendre ma part,)

Ce sont des bataillons de jeunes volontaires

Qui vont dans l'espérance et chantent le départ.

Et tout chaud de baisers, et tout baigné de larmes, Etreint dans un dernier et fol embrassement, A la mère le fils s'arracha brusquement Pour emboîter le pas du soldat sous les armes.

Tous ne combattaient pas aux clartés du soleil, Et dans l'enivrement de ces chaudes journées Où la poudre, qui monte en immenses traînées, Fait planer sur les morts son nuage vermeil.

On allait au péril en Bretagne, en Vendée, Dans les sombres fourrés du Maine et de l'Anjou, Par de profonds chemins fuyant on ne sait où. Pays de gens armés pour une vieille idée.

Qui pouvaient à loisir fusiller le passant

Dans les sentiers perdus de leur vallée ombreuse.

La résistance était sauvage et ténébreuse.

L'homme en sabots, chez lui, tenait... un contre cent.

Le service était rude aux guerres d'embuscades Sous le terrible feu des Vendéens cachés, Dans la haute bruyère à plat ventre couchés... L'une après l'autre avaient disparu nos brigades.

Vinrent les bataillons des Entants de Paris, Qui marchaient pour la France et pensaient à leur mère. Nous étions en décembre (on disait : en frimaire) Sous un ciel de l'Ouest, humide, froid et gris.

Néfastes souvenirs de nos guerres civiles!

On n'avait pas le choix du ciel ou du terrain.

Le Bocage, la Plaine et le Pays marin.

Tout s'insurgeait les bourgs, les hameaux et les villes.

Ne trouvant pas le sabre ou le fusil trop lourd (La jeunesse d'alors était vite formée,) Depuis un an Barra marchait avec l'armée, Déchirant la cartouche ou battant du tambour.

Il6 LÉGENDHS DES BOIS

« Nous sommes entourés par de vieux chefs de bandes, Dit, un soir, aux soldats, l'officier commandant. Nous leur échapperons, mais nos tambours aidant.,. Ils battront dès l'aurore, à travers bois et landes,

Le rallîment... Si l'ordre est bien exécuté. L'ennemi nous croira plus nombreux que nous sommes... Nous gagnerons du temps... Il nous viendra des hommes. Il me faut des tambours de bonne volonté. »

Barra fut le premier. — « Toi, mon cher petit brave, Qui veux être à l'honneur, va, comme tu voudras. Tu feras ton devoir, et tu nous sauveras. Tu comprends? — J'ai compris,» dit l'enfant d'un ton grave.

Chacun fut à son poste. — Aussitôt que le jour Parut au bas du ciel, comme une blanche raie, Sous les vieux arbres noirs d'une châtaigneraie. L'enfant, d'un bras nerveux, réveilla son tambour.

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