PLIEUSE
PRIEUSE
r' ÉGLISE est en lumière, et l'orgue des grands jours Prélude avec lenteur. — La foule émerveillée Écoute la voix grave, et s'est agenouillée Dans un frémissement de soie et de velours.
Les vitraux, racontant des scènes hébraïques Où sont peintes les fleurs des moissons et des prés. Promènent des bleuets et des pavots pourprés Sur les dalles du chœur aux riches mosaïques.
Dans les parfums d'encens, de myrrhe et de benjoin,
Je lis discrètement tes plus chères pensées.
Belle prieuse blonde, aux paupières baissées
Et les deux mains en croix... Ton pauvre cœur est loin..
142 PAYSAGES DE M li R
Au delà du tropique... à sept ou huit cents lieues, Tes mirages d'espoir seraient-ils décevants? Le navire là-bas marche avec de bons vents. Toute sa toile porte et les vagues sont bleues.
Les sons religieux, largement répandus, Font pleuvoir à torrents leur musique sacrée Dans ta petite oreille à la conque nacrée, S'ouvrant comme une fleur sous tes cheveux tordus.
C'est un AUehiia dont les voix sont en fête. Pourquoi pâlir avec de longs tressaillements? L'orgue tient renfermés ses tonnerres dormants^ Et rien n'éveillera ses éclairs de tempête.
Les montagnes du Cap, fantômes alarmants, Sont en fuite à l'arrière, et, sur les eaux calmées, La Croix du Sud, penchant ses étoiles charmées, Regarde miroiter ses quatre diamants.
Bien qu'un peu fatigué par les mers des deux mondes, Le navire .poursuit bravement son chemin, Filant ses trois ceats nœuds du jour au lendemain. Et lancé dans l'écume à voiles toutes rondes.
A droite il a laissé les îles du Cap- Vert. — Des parfums d'orangers et de vignes fleuries Déjà lui sont venus au vent des Canaries, Et des oiseaux d'Espagne à vol tout grand ouvert.
A ses fuseaux divins tournant l'or et la soie, La Providence garde aux sérieux amours, Comme les tiens, un fil enchanté de longs jours. - Tu n'as plus à verser que des larmes de joie.
XEFUGE