SUR UN AIR ANCIEN
(Sizains.)
Ne montent- elles pas (écoute, écoute !), nos paroles, de cet air ancien? Je t'ai désensevelie. Et enfin tu revois le soleil, tu me parles, ô mon amie.
Ces paroles, tu les as déjà parlées. N'entends-tu pas? N'entends-tu pas? Mais qui les a recueillies? De l'âme creuse du bois remontent tes accents que le vent avait dispersés.
Tu disais : « Je lis dans ton cœur. Tu ne m'aimes pas. Tu penses que c'est la dernière fois! » Je revois ta bouche un peu fanée. « Tu ne m'aimes pas. C'est la dernière fois.
» Mais, avant que tu m'abandonnes, puisse mon vœu s'accomplir! Oh, fais que je défaille sur ton cœur! Ne me pardonnes-tu pas si déjà, près de la tempe baisée, mes cheveux sont blancs? »
Je regardai ces cheveux, je regardai sur ce cou
POÈME PARADISIAQl K. 347
pâle les marques des années; et je te dis : « Mais tais-toi! Je t'aime! » Tes beaux yeux étaient chauds de larmes sous mes baisers.
« Tu me trompes, tu me trompes! répondais-tu en me baisant les mains. Qu'importe? Je sais que tu me trompes. Mais demain peut-être tu m'aimeras morte. »
Profond était le ciel du lit; et le lit. profond comme une tombe, obscur. Son corps était sans voile, et dans ce lit profond il paraissait déjà impur.
Par le balcon ouvert je vis un pays lointain que sillonnait un fleuve rapide, qu'enfermait une couronne de roches ardentes, flamboyant dune lumière
Vermeille dans le jour estival; et les vents apportaient les parfums venus des jardins lointains où se promenaient des femmes puissantes chantant parmi les fleurs assoiffées.