UN VERS
(Strophes de neuf vers.)
E colei che non dorme è mia sorella.
Francesco Vannozzo.
Aujourd'hui ne chante dans ma mémoire que ce vers unique d'un poète ancien, presque oublié, qui fut un doux ami pour Pétrarque, au temps où celui-ci endurait l'injurieuse guerre de l'Amour hostile; un poète presque oublié, que Marsilio vante comme le souverain maître de toute mélodie : « A vous, gentil Francesco di Vannozzo, souverain maître de toute mélodie. »
Unique et mystérieux, ce vers remonte aujourd'hui de ma mélancolie. Unique et mystérieux, ce musical esprit tient ma pensée en sa puissance, tient tout entière en sa puissance mon âme qui est sans sommeil et qui se repaît de son mal dans la nuit infinie où l'appelle vainement une voix céleste. « Et celle qui ne dort pas est ma sœur. »
Il ne me souvient ni d'an autre vers ni d'une
autre parole. Je ne connais aucune autre pensée de cet ancien poète, aucune autre image; ni je ne connais aucune douleur de cette vie qui, depuis un siècle si lointain, s'est évanouie dans l'oubli. Mais quel pouvoir a donc le mystère d'un seul vers? Quel vague désir suscite-t-il en mon âme qui est sans sommeil et qui se plaint vainement dans ses nuits obscures et solitaires?
« Et celle qui ne dort pas est ma sœur. »