RUS
(Quatrains.)
Sous le ciel de jacynthe, les pâturages irrigués que le soleil traverse de ses longues bandes, tandis qu'à leurs limites s'étend, bleuâtre, l'ombre qui occupe les grands bois contigus ;
Et les vastes labours où la motte grasse tantôt reluit comme un miroir sous la bêche tranchante, tantôt rougeoie, brisée par le hoyau diligent. derrière la charrue qui passe;
Et les vergers où, tard mûrie, la sorbe s'emplit d'un miel pâteux et où les pommes écarlates, de temps à autre, tombent de la branche surchargée :
Et les chaumières éparses, les blanches fumées éparses : — à l'intérieur, la marmite qui bout : la bru chante sur ses oignons, et la belle-mère épluche ses légumes; —
Et les routes claires qui courent entre deux fossés
où coassa en été la grenouille, et où maintenant la paresseuse eau pluviale reflète les rangées des saules jaunes et rouges ;
Et la rive au bord de laquelle murmurent des peupliers et où, dès l'aube, siffle avec le merle l'enfant qui fait boire la vache aux taches fauves et blanches;
Et, dans le fond, la montagne avec ses gorges où, pareil au braque fatigué de la chasse, le nuage gris s'accroupit, tranquille, en attendant le sifflement de l'ouragan ;
Et l'air qui se dore et se colore, tandis que les glèbes humides fument sous la force qui les ouvre; et l'air sain que parfument le champignon friand, le thym et le genévrier;
O antique automne, en quel temps et en quel lieu ces choses étaient-elles pour moi une jouissance pure? En quel temps, en quel lieu, si, aujourd'hui que je les considère attentivement, ces choses me semblent toutes nouvelles?
Aujourd'hui mon esprit ne cherche plus l'occulte symbole pour sa laborieuse douleur; mais, étonné, il s'apaise dans un profond repos et comme dans un divin pardon.
POK.ME PARADISIAQUE. 383
Donnez-moi les fruits succulents, les bons fruits de ma terre, afin que je les morde. Ah, c'est un forcené, celui qui ne se souvient pas de toi, Mère, et de tes simples dons!
Donnez-moi le lait frais, afin que je le boive à larges gorgées. Qu'il m'arrose les veines et descende en moi comme au temps où, dans l'étroite poitrine du poupon rose, il descendait
Du sein de la nourrice hâlée; et que j'en sente couler profondément jusqu'à mon cœur toute la fraîcheur aromatique. Lequel des deux abonde le plus en ces pâturages, le thym ou la menthe?
Peut-être, en la saison du miel, le gâteau dans la ruche est-il moins parfumé que le lait qui, aussitôt trait, écume dans la tasse pleine où la bouche en cueille la fleur.
Le jet vif crépite, sortant de la mamelle gonflée que presse une vigueur experte. Comme prise d"étonnement, la poule s'arrête et, le cou dressé, les plumes hérissées, regarde de travers,
Sur le fumier récent où elle grattait. Placide, la vache traite tourne les naseaux, de temps à autre, et elle flaire, sentant sa menthe et son thym.