‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 28 sur 141 · LA LUTTE · texte numérisé non relu

LA LUTTE

(Sonnet.)

A l'homme ivre d'amour elle se refuse mollement; elle s'abat avec une perfide invite. Et l'iris se noie dans le blanc de ses yeux, telle une fleur glauque dans le lait.

Comme une flamme, son visage lumineux s'incline en arrière, et ses lèvres rouges, féroces, montrent une scie de dents aiguës à l'amant qui combat en vain.

Mais bientôt elle se tord en ondulations serpentines, s'allonge et se raidit avec un rire terrible dans les yeux,

Si l'homme, la face livide, la tète penchée, ivre de colère, la tenant à la taille, lui décoche enfin sur le cou ses baisers arides.

CHRYSÉLÉPHANTINE

(Sonnet.)

Tous les ors que sans mesure, Automne, tu répands, fauves et roses, sur le feuillage des bois moribonds, enrichissent sa chevelure.

Et la plus délicate et la plus pure qualité des ivoires un peu blonds est dans les pâleurs vierges et profondes de cette créature mystérieuse.

Svelte comme Hébé, joie des dieux, sans aucune ombre, puisqu'elle est presque impubère, elle regarde la Mer qui lentement se décolore.

Et voilà que, faite à son image, s'élève sur l'extrême horizon une Nuée pâle qui se dore au sommet.

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