‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 34 sur 141 · AUX POÈTES · texte numérisé non relu

AUX POÈTES

(Sonnets.)

Inutilement, tristes artisans, vous martelez de vos bras énervés le vers sur les enclumes sonores : car le métal ne rend plus une étincelle.

Inutilement vous essayez sur les coupes votre ciseau mal assuré : dans vos tasses fragiles et constellées, le vin d'amour n'a plus son grand aromr vivifiant.

Grinçantes sont vos sottes besognes : à bout de forces, il ne vous reste rien, sinon le lent mourir dans l'oisiveté obscure.

Et, en face du Soleil nourricier, nul Géant, pour présider aux nouvelles guerres humaines, ne surgit à votre salut, ô moribonds!

Mais dans le sein de la Mer inconnue, là où jamais vaisseaux ne parvinrent, l'Ile fleurie émerge par ses forces occultes et lentes, au milieu des cercles de blancs polypiers.

Intactes, les merveilleuses roseraies se propagent sur les rives, dans le silence vivant, là où les marins, à l'Aube, tourneront finalement leur proue.

L1Ile émerge, unique, nourrie par l'immense et prolifique famille des mollusques, dans les fonds bas et tranquilles.

En chaque cercle la Vie engendre de nouvelles formes, et chaque coquille renferme des perles que le Soleil n'a jamais vues, ô Poètes.

Page 1