‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 51 sur 141 · RONDEL · texte numérisé non relu

RONDEL

(Sur le schème de Charles d'Orléans.)

Dès que la lune se lèvera sur les cimes forestières et que pèsera sur les choses l'oubli de la lune,

Furtivement, ô mon amie, tu viendras dans le verger. Les roseraies complices ont des ombres profondes et noires.

Sans nulle crainte, ô mon amie, tu viendras : pour leur brune sœur les roses auront d'introuvables cachettes, dès que la lune se lèvera.

ROMANCE

(Quatrains rimes.)

Tremblante, elle vint enfin où il me plut. Que pouvaient bien dire les eaux dans le silence solennel?

Les étoiles palpitaient dans la conque profonde; comme des fleurs, elles resplendissaient plus belles entre le feuillage.

Dans l'ombre, les rosiers semblaient de hautes constructions de neige, et leur dédale avait de tendres mystères.

Elle, de ses deux bras, m'entoura le cou, et m'offrit son visage, et s'enlaça toute à moi.

Si long et si délicieux fut mon baiser d'amour que je crus avoir toutes les roses dans le cœur;

De sorte qu'à présent, lorsque je baise les lèvres parfumées d'où le miel déborde, c'est une saveur de roses qui m'emplit la bouche.

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