LE VIADUC
Elle était avec moi. Elle serrait mon bras très fort et haletait contre le grand vent, muette, pâle, tête basse.
Ah, notre amour traîné ! Je croyais sentir sur mon bras, — elle serrait plus fort, — peser un énorme fardeau.
Ah, notre amour traîné avec un triste mensonge, si longtemps, en des lieux si doux! Lieux autrefois si chers!
Sinistres, sous les arches du pont mugissaient en tempête les chênes et lès yeuses du vaste fief des Chigi ;
Mais sur la colline opposée, parmi les amandiers secoués, riait, tel un troupeau suspendu à une roche, Aricia dans le soleil.
Suspendue, Aricia riait dans le soleil, au-dessus de la conque profonde ; les nuées, dans leur fuite, y mettaient une ombre bleue.
La mer Tyrrhénienne, en vue dans le lointain, était une épée rayonnante ; les bois, clans le lointain, étaient des îles toutes d'or.
Mais pour mon cœur changé, pour mon cœur endurci, jaillirent en vain des choses les fantômes du bonheur.
Ils étaient beaux, les fantômes qui s'élevèrent des choses! Et elle, ô Soleil propice, elle était belle aussi, mais en vain!
Elle était belle, aussi, ô Soleil. Elle serrait mon bras et haletait contre le grand vent, muette, pâle, tête basse.
A elle, peut-être ignorante, est-ce que les choses ne parlaient pas dans le vent? « Il ne t'aime plus, ô malheureuse! Il ne t'aime plus! »
li».