‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 81 sur 141 · PAR UNE MATINÉE DE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

PAR UNE MATINÉE DE PRINTEMPS

C'était le matin. Une lourde torpeur tenait la pauvre femme abattue sur l'oreiller moins pâle qu'elle.

Froide, allongée, immobile, elle semblait ensevelie dans le sommeil suprême, dans la paix suprême du cercueil.

On n'entendait pas d'haleine. Il semblait que les lèvres fussent scellées par la Mort, tant elles étaient closes et pures 1

« Ne t'éveille pas, ne t'éveille pas, priai-je dans le secret de mon cœur, si tu veux que je t'aime ! Qu'elles restent closes à jamais,

» Tes lèvres, et elles seront encore divines. Pour ces lèvres closes je retrouverai les souverains baisers.

» Je retrouverai ma plus tendre caresse pour ce

front que j1aimai, pour ces joues que j'aimai, pour ces

« Paupières closes enfin sur ton doux et insoutenable regard, et pour ces lèvres closes les souverains baisers! »

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