‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 80 sur 141 · LE VOEU · texte numérisé non relu

LE VOEU

Nous descendions la colline, tandis que le soir d'avril enveloppait les bois des Colonna, humide, argenté,

Et que dans l'ombre chantaient déjà les rossignols, et que des fleurs connues embaumaient, invisibles aussi.

Elle était muette; j'étais muet. Un bref intervalle était entre nous, entre nos faibles corps : très bref.

Mais ni cette colline, ni ce lac, ni la mer lointaine, ni le soir flamboyant n'avaient d'abîmes

Aussi profonds que l'abîme qui, muet, était entre nous... 0 la longue descente sur la pente sans fin,

Tandis que dans l'ombre chantaient déjà les rossignols, et que des fleurs connues embaumaient, invisibles aussi !

Le ciel blanc sourit. Dans cette blancheur souveraine l'Ave mit un son de cloches venu de Castel Gandolfo.

Nous nous arrêtâmes. Elle (son geste léger pèse encore dans ma mémoire), depuis son front chagrin jusqu'à sa poitrine

Lasse fit le signe de la croix; et des indices de prière intérieure montèrent à sa bouche pâle.

Quel fut son vœu? Moi aussi, dans cette lumière, je fus envahi d'une ferveur subite ; et, fervent aussi, mon vœu s'éleva vers le ciel.

« Ave, Maria. Faites, ô Mère miséricordieuse, qu'elle ne m'aime plus! Faites qu'elle ne m'aime plus, ou qu'elle

» Meure ! Otez de son âme le cruel amour, ô miséricordieuse Mère, et de la mienne mon supplice! »

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