‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 84 sur 141 · A SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

A SAINT-PIERRE

Dans la profonde nef qui, au cours des siècles, accueillit tant d'âmes humaines et enferma tant de nuages d'encens,

Le chœur grave s'épanche de bouches invisibles. De temps à autre, l'orgue pousse par la forêt cachée de ses tuyaux un grondement sourd.

Triste, dans l'ombre, ce grondement se propage vers le bas, parmi les sépulcres : jusque dans leurs fondations paraissent trembler les monuments prodigieux.

Sur le sommet veillent les grands pontifes, bénissant; aux portes de fer se tiennent les anges et les lions.

Comme le chant est solennel! Sur son onde égale une voix s'élève, haute, avec un cri mélodieux.

La voix pleure, et elle révèle au monde une douleur divine. Les notes coulent, chaudes comme des larmes.

La voix pleure, seule. Palestrina ne l'entend-il pas dans la pierre glacée? Seule, la voix pleure; et elle raconte

Au monde une douleur divine. N'entend-il pas, l'enseveli ? Son âme rayonnante ne s'élance-t-elle pas sur les cimes idéales,

Telle une colombe qui s'envole sur des pinacles d'or? La voix pleure, seule, dans le silence.

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