LE PEIGNE
(villa médicis : du belvédère)
Après que se sont éteints sur le mont Mario les feux du Soleil, les nuages, en troupes lentes, arrivent du Palatin.
Le léger souffle des vents les rassemble et les pousse à l'occident, là où les cyprès pointent contre eux leurs cimes aiguës.
Et alors les cimes des noirs cyprès mordent les nuages qui glissent comme dans un long peigne des chevelures d'or.
DU MONT PINGIO
Le mont lavé se dresse, odorant de fraîche verdure, plein de frissons ; et le ciel de mai rit à la nuée défaite.
Dans l'air une paix vient de ce beau rire trempé de larmes, une paix qu'atteint mon âme avide de hauteurs.
Qu'atteignent les coupoles luisantes et les grands arbres qui font à tes collines, ô Rome, une large couronne.
Tu resplendis doucement, ô Rome. Bleue sous l'azur, toute enveloppée dans un léger voile d'or, tu reposes.
Au-dessus de toi courait la nuée, avec des tonnerres aux longs échos; et voilà que le ciel de mai rit à la nuée défaite.
De même, après une si rude guerre, après tant de nuit funeste, après l'amer dégoût, après la lamentation lâche,
(Loin de nous pour toujours, ô rêves; loin de notre âme, ô rêves qu'autrefois nous poursuivîmes avec trop d'ardeur, et vainement!)
De même notre âme, délivrée de toutes les tempêtes, respire enfin; ni le souvenir ne la tourmente, ni le désir ne l'aveugle ;
Plus ne la mord le souci d'anciennes ou de nouvelles amours; plus ne l'oppresse l'anxiété d'autres biens inconnus.
Notre âme est en repos; tranquille, elle reflète la vie et recueille dans son vaste cercle l'âme des choses.