‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 92 sur 141 · DANS LE BOIS · texte numérisé non relu

DANS LE BOIS

(capodimojxte)

L'Ombre suit mes pas; elle me suit partout; elle me regarde. Celle qui marche à mon flanc n'a pas des yeux si doux.

Ah, pourquoi ressuscites-tu de l'oubli? Pourquoi, soudain, me reprends-tu l'âme?

Peut-être, un jour, avons-nous passé ici à cette heure? Mes yeux croient, mon âme croit revoir les lieux chers.

Semblables à ceux-ci étaient les lieux que nous aimâmes, où nous aimâmes la vie, où la mort nous parut une fable.

Semblables s'ouvraient devant nous des sentiers profonds. Grande, elle venait en riant parmi les grandes tiges.

L'ombre obscure de ses beaux cheveux battait comme une aile sur son front; ses longs yeux paraissaient plus noirs.

Sous son pas bref s'élevaient de frais effluves; des clartés pleuvaient mollement du feuillage sonore.

« Elle, elle seule est joie! » chantait mon cœur, sur ses traces légères. Mon cœur chantait : « Elle, elle seule est joie!

« Entre ses mains elle apporte plus de lumière que n'en apporte la première Heure. Tout entière elle est faite de choses souveraines. »

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