Poésies, 1888-1892
N brutal écrivain t'outrage dans son livre Et soutient que tes fils sont lâches et pervers, Terre! — Moi qui t'adore et que ton souffle enivre, Je viens te faire amende honorable en ces vers.
Car c'est toi la beauté, la pureté suprême,
Fille des flots et chaste épouse du soleil,
Mère du genre humain qui de tes flancs essaime
Et retourne en tes flancs chercher le grand sommeil.
Rien n'est bon comme toi, nourrice triomphante Qui depuis cent mille ans, sans te lasser un jour, Mets aux lèvres de ceux que ton amour enfante Plus tic pains qu'ils n'ont mis de grains dans ton labour.
Rien n'est fort comme toi, fier c et robuste aïeule Qui n'as pas une ride au sein ni sur le front, Et qui — quand tout vieillit, se flétrit et meurt — seule Jrois les siècles passer sans eu subir l'affront.'
Et tes fils ont le corps viril et l'âme saine; Qui les peint dépravés ne les fréquenta point : La vie au grand soleil ne fait pas l'homme obscène Et l'on n'est jamais vil, une charrue au poing.
Xon, il n'a pas vécu che- ceux qu'il injurie, L'auteur du livre infâme oit tous nos paysans Sont des brutes creusant le sol aire furie Afin d'y mieux cacher leurs ru/s avilissants.
Non, il n'a pas compris leurs épouses fidèles, Plus vaillantes encor souvent que leurs maris, 1:1, comme la Romaine, étalant autour d'elles Leur luxe de beaux gars qu'elles ont tous nouriis.