AMENDE HONORABLE
Non, il n'a pas connu nos franches jeunes filles Que l'ait rude des champs fait hautes en couleur, Oui vont riant, pieds nus et montrant leurs chevilles, — Aussi chastes pourtant que la bruyère en fleur.
Et leurs frères, conscrits naïfs, encore imberbes, Oui pleurent quelquefois en quittant le sillon, Mais qui, six mois après, sont des soldats superbes Tenant droit le fusil comme hier l'aiguillon,
Ou les a-t-il donc vus, le corps mou, le cœur lâche, Allant aux urnes comme au boucher leurs troupeaux, Puis se faisant sauter les doigts d'un coup de hache Lorsque l'heure a sonne de joindre les drapeaux?
Eh quoi! les rejetons des anciens volontaires Et des troupiers d'Afrique à l'élan surhumain N'ont plus rien des vertus che^ nous héréditaires, Et voilà quels seraient nos vengeurs de demain?
Non, non, c'est blasphémer l'armée et la patrie
Que de sacrifier les cadels aux aines,
De dire que la veine héroïque est tarie,
Et que rien ne repousse en nos champs moissonnés ..
Ah! ne touche donc pas à ce valet de ferme,
A ce fils de berger sur la lande grandi :
Sous leur front dur et clair habite un esprit ferme,
Et sous leur blouse bat un cœur chaud et hardi.
Cynique romancier, laisse-les sons leurs chênes, Ne f rouble pas leur air des senteurs de Paris, Et puissent-ils, au jour des batailles prochaines, N'avoir point lu le livre oii lu les as flétris f...
Et toi qui du plus pur de Ion sang les abreuves, Terre, veille sur eux avec un soin jaloux, Conserve-les fervents pour le temps des épreuve*, Toi qui gardes leurs sœurs vierges à leurs époux.
Fais qu'ils t'aiment ; étale à leurs yeux tes parures, Tes manteaux verts ou bruns, tes fleurs et tes épis, Tes ors fauves d'automne et les blanches fourrures Dont lu couvres, l'hiver, les beaux flancs assoupis.
Chante-leur les chansons de tes forets mouvantes, De tes fleuves roulant de l'ombre ou du soleil, La complainte des mers par les nuits d'épouvantes, Ou des grands prés joyeux éi l'heure du réveil.
Pour eux plus que jamais montre-toi maternelle, Prodigue-leur les biens éi trains les saisons; V.t — comme la perdrix abrite SOUS ton aile Ses poussins --- dans tes bois cache tes nourrisson1;.