‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 66 sur 66 · VOIS ÉTEINTES · texte numérisé non relu

VOIS ÉTEINTES

Et, plus loin, le vallon où s'agite en cadence

La scie étrange qui sans bruit

Descend et monte dans la nuit, Comme au clair de la lune un fantôme qui danse.

Pauvre frère ! c'est toi qu'avant l'heure a frappé

La vieille Bûcheronne sombre,

Et qui protestes contre l'ombre Dont le réseau subtil te tient enveloppé !

1 Oui, c'est moi, me dit-il. Les vivants n'ont qu'un rêve

Le repos... Le repos, hélas!

La mort le donne et j'en suis las, Frère! et l'Éternité n'est qu'un loisir sans trêve.

« Dormir lorsque, là-haut, la forêt chante aux vents, Et les bûcherons sous les branches, Et la scie en taillant des planches!...

Poète, plains les morts et non pas les vivants! »

En ce moment le coq sonne une autre fanfare; L'aube bleuit le ciel... Le pauvre mort s'effare

Et s'enfonce au bois enchanté.

Je m'éveille ; le jour entre à pleine fenêtre, Et la vieille maison semble un instant renaître. Et palpiter encor spus des flots de çlartç.

L'illusion est douce, hélas! mais se prolonge Juste le temps qu'il faut pour dissiper un songe

Lorsque au ciel monte le soleil.

Mon père, roi déchu, ne commande à personne, Ht son pas chancelant est le seul qui résonne Sous ce toit devenu l'empire du sommeil.

Tel qu'il est cependant, ce toit de mes ancêtres, Je l'adore, et j'y sens palpiter tous les êtres

Qui l'animèrent autrefois; Lt quand je dois le fuir pour reprendre ma tâche, C'est le long chapelet des âmes qui m'attache A ces pauvres murs gris où me parlent leurs voix.

Ht toujours j'y viendrai comme en pèlerinage, Evoquer mon berceau, ma mère et mon jeune âge

Et mes seuls bonheurs sans remords; Même quand l'étranger en fera sa demeure, Mon cœur l'habitera jusqu'à ce que je meure, La maison délabrée où reviennent mes morts!

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