‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 21 sur 81 · VOYAGEUR AU LONG COURS · texte numérisé non relu

VOYAGEUR AU LONG COURS

^A Ernest Courbet.

.La Fontaine les a chantés sur tous les tons, Le gros rat de moulin, le maigre rat d'église, Rats de ville ou des champs, les vieux à barbe grise Et le museau naïf de leurs petits ratons.

Mais ayant trop vécu sur les bords de la Seine, Il en est un que notre immortel Fablier N'a pas connu jadis et n'a pu mettre en scène, Un seul... que l'avenir ne saurait oublier :

Le rat de mer... passant la ligne tropicale Au roulis cadencé de quelque grand vaisseau, Le rat de mer... heureux de naître à fond de cale, Charmé du clair-obscur d'un si profond berceau;

Se riant de la grêle et du choc des tempêtes, A bord, mais à huis clos, discret navigateur, Avec tranquillité du pôle à l'équateur, Usant sa courte vie en d'éternelles fêtes.

Le cap sur Bornéo, sur Manille ou Java, Toutes voiles dehors avec des vents propices, Il connaît l'archipel des plus chaudes épices, Plus chaudes que jamais un vieux lord n'en rêva.

Dans le recueillement de sa béatitude,

Il voyage au long cours, mais presque sans bouger,

Et devine sous quel degré de latitude

On navigue... d'après ce qu'il trouve à manger.

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