VOYAGEUR AU LONG COURS
Ne s'inquiétant pas des mœurs ou des usages, Aux lies qu'on aborde, et de ce qu'on y voit (Il a maigre souci de leurs beaux paysages), Mais de ce qu'on y mange et de ce qu'on y boit.
Fatigué des pois secs, du riz et des gourganes, Il a pris goût, dans l'Inde, aux fruits des jambosiers Qui laissent à la bouche un parfum de rosiers... En Chine, il s'est offert des nids de salanganes.
Et s'il flaire un désastre et pressent le danger
Ou d'un mauvais bordage ou d'un trop vieux navire,
Sous d'autres pavillons prêt à déménager,
A la première escale, à grand'hâte il s'en tire.
Quand du globe il a fait quinze ou vingt fois le tour, Gras de sa belle vie, hélas ! un peu bourgeoise, Il s'éteint sans douleur, au golfe de l'Iroise, Ou sous le ciel normand du Havre... ou de Cherbourg.