‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 25 sur 81 · SOIRS D'HIVER · texte numérisé non relu

SOIRS D'HIVER

Plus tard, quand déjà mûrs, et souvent presque vieux, Après avoir subi l'épreuve des années, Nous cherchons à savoir comment les destinées Enchevêtrent pour nous leurs fils mystérieux.

Nous errons tristement sur le sable des grèves, En deuil des bien-aimés que nous avons perdus, Que la mer nous a pris et n'a jamais rendus... Mais qui souvent, la nuit, reviennent dans nos rêves.

Leurs beaux regards éteints, leurs visages pâlis, Leurs cheveux ruisselants et mêlés d'algues vertes Disent qu'ils sont restés sur des plages désertes, Oubliés, froids et nus, sans être ensevelis.

EN SAIXTOXGE

k.4. Alexandre Tiedagncl.

J 'aime à revoir de loin la grève de Saint-Georges Quand j'écoute en avril, dans les fleurs des buissons, Le sifflet des bouvreuils, le trille des pinsons Et le clair gazouillis des petits rouges-gorges.

Couché dans l'herbe haute et sur les boutons d'or, En regardant passer de grosses voiles rondes, Je suis les inconnus fuyant vers d'autres mondes, D'un œil qui tantôt rêve et qui tantôt s'endort.

Au miroir bleu des eaux qui baignent la Saintonge Je vois naître et mourir chaque jour un soleil, Dans sa pourpre d'aurore et son couchant vermeil, Quand l'orbe radieux en émerge ou s'y plonge.

Je reste sur les bords de mon vieil Océan Sans vouloir m'embarquer pour de lointains rivages En respirant la mer et ses œillets sauvages Dans un calme absolu, comme un roi fainéant.

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