‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 24 sur 81 · SOIRS D'HIVER · texte numérisé non relu

SOIRS D'HIVER

%A Georges Huston.

LJ a M s ces temps fabuleux où nous étions petits, Quand s'effeuillaient au vent les dernières fleurs mortes, Et quand, les rossignols des bois étant partis, Au coucher du soleil on verrouillait nos portes;

Près d'un grand feu joyeux tranquillement assis, Laissant siffler la bise et tomber les ténèbres, Nous écoutions du cœur les émouvants récits Des voyages lointains, des naufrages célèbres.

On nous parlait alors des Iles-sous-le-vent,

Où de grands arbres verts émergeant des eaux bleues

Enivraient de parfums l'équipage rêvant

Du navire étranger qui passait à trois lieues.

Au delà du Cap Vert et du Cap Bojador, Sous un ciel d'Equateur, à la Pointe des Palmes, Les voiles retombant sur le vaisseau qui dort, Avaient peine à franchir la région des Calmes.

Aux froids pays du Nord les trois-mâts norvégiens S'arrêtaient court, bloqués par les glaces polaires, Mais les traîneaux passaient, attelés de grands chiens, Éclairés à minuit par des rayons solaires.

Page 1