RADEGONDE
^i Taul Verlaine.
Ctes-vocs descendu dans ces cryptes romanes Faites pour le silence et le recueillement, A l'abri des rumeurs et des regards profanes Où nos saints d'autrefois dorment pieusement ?
En Poitou je connais une crypte profonde, Qui, d'après le récit des vieus âges chrétiens, Fut jadis consacrée à sainte Radegonde, Fille et femme de roi sous les Mérovingiens.
Des nombreux pèlerins venus en long cortège Depuis treize cents ans les cierges ont pleuré, Tant pleuré qu'ils ont fait une robe de neige A la sainte en brodant le tombeau vénéré.
Sur nos aïeux portant francisques et framées, Lorsque les Sarrasins lancés à corps perdus Au galop provoquaient le grand choc des armées, Ici les bruits d'en haut ne sont pas descendus.
Plus tard, quand le roi Jean combattant l'Angleterre, Avec ses quatre fils contre le Prince Noir, Par toute l'Aquitaine a fait trembler la terre, Rien n'a troublé la paix du calme reposoir.
Rois de Jérusalem, de Chypre et d'Arménie, Aux pays d'Outre-Mer, et las de batailler, Les plus fiers Lusignan dans la crypte bénie Humblement au retour vinrent s'agenouiller;
Dans la sérénité magique et souterraine De ce pur sanctuaire à jamais respecté, Un éternel silence enveloppe la reine Qui fut reine d'esprit, de grâce et de beauté.
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