LES CYGNES
%A Gabriel OiConod,
Vers la mi-février, dans nos tièdes contrées, Comme un oiseau d'amour précurseur du printemps, Sur un lit de roseaux, d'herbes enchevêtrées, Le cygne a fait son nid au bord de nos étangs.
Le saule reverdit sur le miroir paisible.
La menthe a répandu ses bouquets parfumés
A l'entour du grand nid caché, presque invisible,
Où les petits dans l'œuf sont encore enfermés.
Impatients de naître, et bien avant d'éclore, Ils tressaillent parfois dans leur mince prison, Sous les feux du couchant, les réveils de l'aurore Dont les chaudes clartés empourprent l'horizon.
Dès qu'ils sont affranchis de leur coque brisée, Tout joyeux en droit fil sur les profonds étangs, Ils nagent à plein corps, de franche allure aisée, Comme surpris d'avoir attendu si longtemps.
En parcourant des yeux tant de clairs paysages, Au soleil qui sur eux fait pleuvoir ses rayons : « Tous nos pressentiments étaient de sûrs présages, Pensent-ils, et dans l'œuf déjà nous en rêvions. »