‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 35 sur 81 · AQUARELLE D'ÉVENTAIL · texte numérisé non relu

AQUARELLE D'ÉVENTAIL

kA madame Hector !\Calot.

A. mi-juin, quand les fruits rougissent dans nos bois, Pour le bec des oiseaux quand la cerise est mûre, Le beau loriot chante — on reconnaît sa voix — Comme un ruisseau jaseur qui rit de son murmure.

Vers la Saint-Jean d'été, le bleu martin-pêcheur, Secouant de son aile émeraude et turquoise, Eblouit en passant le robuste faucheur Abattant ses andains sur les berges de l'Oise ;

Et, par un chaud soleil, de riches papillons Nouvellement éclos dans nos grandes prairies, Se croisent follement en légers tourbillons Sur les bouquets mouvants des luzernes fleuries.

Mais un bruit cadencé, cliquetis de battoir, Fait écho sur la rive... une fillette blonde, Aux cheveux dénoués, belle sans le savoir, Bat son linge en riant sur l'eau claire et profonde.

Quel âge?... Elle a compté peut-être dix printemps, Vu dix fois revenir à son toit l'hirondelle... J'oublie oiseaux chanteurs, papillons éclatants, Et les prés et les bois, en me rapprochant d'elle.

Page 1