‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 41 sur 81 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

iA Cyprien Girerd.

LE POETE

T-HiLOSOPHE aussi pur que les sages antiques, Si tu daignes m'entendre, écoute et réponds- moi Les poètes n'ont plus les accents prophétiques De leurs divins aïeux; Maître, sais-tu pourquoi?

LE PHILOSOPHE

Un caprice du vent vous emporte et vous mène. La joie et la douleur restent votre élément. Aveuglés par vos pleurs sur la misère humaine, Vous êtes trop émus pour y voir clairement.

Io6 CHANSONS DES NIDS ET DES BERCEAUX

Les mieux doués, Byron, Musset ou Henri Heine, Le cœur tout palpitant d'un radieux amour, Ou martyrs d'une froide et ténébreuse haine, N'ont jamais aperçu le monde à son vrai jour.

LE POÈTE

Calme esprit de haut vol et de large envergure, Comme l'oiseau du ciel planant sur l'avenir, Quel signe à l'horizon, d'heureux ou triste augure, Après le siècle usé qui doit bientôt finir?

LE PHILOSOPHE

Si tu jettes les yeux sur la carte du monde, due vois-tu sur les mers et sur les continents, Des quais de Liverpool aux îles de la Sonde ?

LE POÈTE

Je vois de longs chemins, allants et revenants.

La ligne des parcours est nettement tracée : L'araignée en croisant d'innombrables réseaux Ne saurait accomplir une œuvre mieux tissée Sur la terre solide et la houle des eaux.

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