‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 52 sur 81 · VIEUX MOULINS · texte numérisé non relu

VIEUX MOULINS

*A uilfred Marthe.

E n pays de Saintonge, où nos meilleures vignes Sont, comme au champ d'honneur, mortes en droites lignes, Sous le fléau terrible, on voit encor souvent, Dominant les hauteurs, un vieux moulin à vent.

Sur le coteau pierreux et nu comme un calvaire, Ce reste d'un autre âge est fantasque et sévère : La queue est arrachée, il a perdu ses bras, Et le chapeau tournant du faite est coupé ras.

On cherche en vain des yeux les gigantesques toiles Qui viraient au soleil, qui viraient aux étoiles, Et pour les pauvres gens travaillaient nuit et jour: Le grand corps mutilé n'a plus rien que sa tour.

Comme à tout ce qui meurt, comme à tout ce qui passe, Il fallait lui donner au moins le coup de grâce, Et ne pas oublier, sans cœur et sans raison, Cet éclopé funèbre attristant l'horizon.

Il contemple de haut le désastre des vignes, Qu'il reconnaît encore aux vieux sillons en lignes, Et l'oiseau migrateur qui passe dans les airs Toujours fuit à grand vol ces vastes champs déserts.

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A AUGUSTE POINTELIN

L'an s un siècle de fer, de houille et de vapeur, La vie est rude, hélas ! pour le paysagiste. Si la gloire est souvent un mirage trompeur, La foi ne s'éteint pas dans un vrai cœur d'artiste.

Par toutes les saisons et sur tous les chemins, Avec tes gros souliers à semelles ferrées, Tu t'en vas, sac au dos, loin des regards humains, Voir s'éveiller les fleurs des berges ignorées.

Sur les coteaux pierreux, sous les joncs des marais, Tu sais vivre au grand air de la franche nature, Et, dans le demi-jour des antiques forêts, De magiques lueurs éclairent ta peinture.

Libre comme l'oiseau, sans t'égarer trop loin, Ainsi que Bonington, Constable et le vieux Crôme, Tu fais un champ de blé, de trèfle ou de sainfoin, Une mare qui dort, un simple toit de chaume ;

Et si Jacques Ruisdael, le maître d'autrefois, Au soleil des vivants se réchauffait encore, Son regard aimerait les grands ciels que tu vois Dans le calme des soirs et les réveils d'aurore.

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