‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 53 sur 81 · PROPOS AÉRIENS · texte numérisé non relu

PROPOS AÉRIENS

xA madame Ernest Courbet.

LE PAPILLON

V^ù t'endors-tu, le soir, pauvre petite abeille, Butineuse des fleurs, qui t'en vas picorant Dès la pointe du jour, quand l'aube se réveille, Jusqu'au dernier rayon du soleil expirant?

L ABEILLE

Sans trop hâter mon vol, c'est à moins d'un quart d'heure Dans le creux d'un vieux chêne, à ma ruche des bois, Juste au pied du grand arbre où, tous les ans, demeure Un couple de ramiers dans son nid d'autrefois.

LE PAPILLON

Pour tes gâteaux de miel rapidement tu voles... Je te vois disparaître au bord des grands lys blancs, Roulée à corps perdu dans le fond des corolles Qui doivent t'enivrer de leurs parfums troublants;

Mais j'admire toujours l'active travailleuse, Dont le travail est pur, dont le travail est saint, Faite pour accomplir sa tâche merveilleuse, Dont s'honore à bon droit la reine de l'essaim.

L ABEILLE

Toi qui pars en zigzag comme un éclat de foudre, Pourquoi donc ce caprice ?

PROPOS AERIENS I35

LE PAPILLON

Afin que dans son vol Un bec d'oiseau jaseur ne puisse nous découdre. Je ris d'un martinet passant au ras du sol.

Que faites- vous l'hiver?

L ABEILLE

En grappes léthargiques, Sans oreilles, sans veux, sans entendre, sans voir, Longuement nous rêvons de belles fleurs magiques Dans la ruche bien close où dès lors tout est noir.

LE PAPILLON

Nous, dans la saison froide et sombre de l'année, Nous n'aimons pas à voir nos grands lys se flétrir; Notre vie est bien courte, hélas! mais fortunée. Quand sont mortes les fleurs, nous préférons mourir.

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