‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 75 sur 81 · UNE PAGE DE L'ENFER · texte numérisé non relu

UNE PAGE DE L'ENFER

tA François Coppèe.

.Lorsque Dante, égaré dans un âpre chemin, Marchait, sans le savoir, aux ténébreux abîmes, Virgile, comme un frère, y vint prendre la main Du sombre évocateur qui parle en tierces rimes.

Anxieux au tomber du jour, le Florentin

Restait pâle et muet comme un enfant qui tremble.

La voix au timbre d'or du poète latin

Lui dit : « Rassure-toi, nous descendrons ensemble. »

Et, d'un pied moins craintif, Dante suivit les pas De son maître au séjour d'éternelle souffrance, Dans la Cité des Pleurs, d'où l'on ne revient pas, La Cité dont la porte interdit l'espérance.

Ce que l'ancien Prieur de Florence put voir Dans la foule des morts qui lui semblait vivante Et se tordait au feu d'un lugubre entonnoir, Fit blêmir l'homme rude effaré d'épouvante :

Papes et cardinaux, ducs et provéditeurs, Maigris dans l'avarice, engraissés dans l'usure, Trafiquants de justice et prévaricateurs, Damnés de simonie et damnés de luxure.

Là fourmillaient ensemble un tas d'êtres pervers : Renégats, imposteurs, hypocrites et fourbes, Tantôt noirs, tantôt blancs, aux regards de travers, Reptiles qui sans bruit glissaient en lignes courbes.

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