UNE PAGE DE L ENFER
Sous rafales de neige et tourbillons de feu, Il aperçut de loin, aux profondeurs du gouffre, Le traître à sa patrie et le traître à son Dieu, Qui secouaient en vain leurs chemises de soufre.
Il salua plus tard Brunetto Latini, Puis écouta, songeur, une vois douloureuse Quand passèrent Françoise et Paul de Rimini, Avec la plaie au cœur dans l'étreinte amoureuse
Toujours, d'un même essor et d'un même vouloir, Portés dans l'air ainsi que des ramiers fidèles, Vers le nid à grand vol rentrant tous deux le soir, Avec un bruit égal dans leurs battements d'ailes.
Et du monde infernal quand il eut fait le tour, Quand il put remonter à la sainte lumière, Et baigner ses yeux las dans la clarté du jour, Jamais il n'oublia sa vision première :
La grande foule éparse en nombreux tourbillons, Restée hors de l'enceinte, en assiégeant les portes, Et des guêpes criblaient de sanglants aiguillons Tous ces êtres tremblants comme des feuilles mortes :
Ceux qui n'ont pas aimé, qui n'ont jamais souffert, Et qui n'ont mérité ni blâme, ni louanges, Trop indignes du Ciel, trop neutres pour l'Enfer, Dédaignés par les bons et par les mauvais anges ;
Ceux qui, nés dans la fièvre ardente des partis, Vécurent à l'écart des tourmentes humaines, Hiboux dans les vieux murs en silence blottis, Au temps des grands amours, des vigoureuses haines.
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