‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 79 sur 81 · LE STATUAIRE · texte numérisé non relu

LE STATUAIRE

Il pleut. — Le ciel est gris... et dans ce jour néfaste J'avais ouvert ma Bible et longtemps médité Sur un des mots profonds du vieil Ecclésiaste : « Vanité, vanité, tout n'est que vanité. »

Je pense à ceux qu'enivre un faux semblant de gloire, Trompeuse vision, mirage décevant; Sous des lauriers menteurs, triomphe dérisoire, Nuage de fumée éparse au moindre vent.

Nos belles œuvres d'art, lentement caressées, Ce labeur patient de génie et d'amour, Où l'on croit respirer la fleur de nos pensées, Ne durent guère plus que les roses d'un jour.

Je vois, en temps de guerre, une tourbe vautrée Dans l'ivresse du sang, de la poudre et du vin ; Des goujats piétinant ma Diane éventrée Et souillant les débris de ce marbre divin.

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