‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 54 sur 74 · LE DIALOGUE ÉTOILE · texte numérisé non relu

LE DIALOGUE ÉTOILE

A George CLéjcnctâV^ LA MUSE

Celle nuit, j'ai voulu l'emmener sous le* ormes Qui jalonnent la roule aui talus odorants : ] * ^1

Une ombre tiède et bleue enveloppe leurs formes, */

Ils tressaillent selon les rêves du printemps.

LE POÈTE

Arbres dont les rameaux tremblent comme des ailes, Souilles errant sur la plaine féconde.

Que le rythme dîvin qui fait vibrer les mondes Emeuve en nous des cordes fraternelles.

LA MUSE

Je sais, au bois procham, une douce retraite Où murmure un ruisseau bordé de violettes. L'aune et le peuplier frémissent alentour — Vicns-y : je chanterai la nuit et notre amour.

. iCG . . LUMIÈRES TRANQUILLES

LE POÈTE

Musc, ton beau sein palpîlc et se dcvoîle Et ta bouche est pareille à la rose éclatante... Mais la vaste rumeur des grands bois m*<5pouYante.

LA MUSE

" Pourtant, tu me suivras si tu veux que je chante.

LE POÈTE

Il ne faut pas hausser la voix sous les étoiles : Reste assise à mes pieds, contemplons en silence Algol, Âldcbaran, Sirius, Bételgeuse Et le timide essaim des pi\les nébuleuses.

LA MUSE

chênes, 6 tilleuls, 6 sapins toujours verts,

Frondaisons où. la brise danse.

Dites-lui quels rayons s'InCltrent a travers Le lacis gracieux des xîorncs et des branches, Uévélcz-lui les vers luisants sur les pervenches. Les lointains veloutés, les calmes clairières Où des bouleaux d'argent se mirent dans les sources, Apprenez-lui qu'aux daims qui suspendent leur course La lune donne une ramure de lumière Et que la nuit se revôt d'or au Lois sacré.

LB DIALOGUE ÉTOILE iC7

LE POÈTB

Quoi, les taillis s'embraseront, quoi, je verrai Des lueurs se jouer sur un tapis de mousse Et des astres fleurir parmi les jeunes pousses ?

LK MUSE

Mainte comité à la chevelure vermeille Te prendra pour amant.

LE POÈTE

Mais si l'ombre m'attire et m*învitc au sommeil 7

LA MUSE

Tu sentiras en toi pénétrer lentement

La profonde douceur des feuillages dormants.

LE POÈTE

El cette fôtc. enGn, sauras-tu Texallcr ?

LA MUSE

Va, mes chants contiendront tout le ciel étoile.

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