‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 58 sur 74 · INTERMÈDE SHAKESPEARIEN · texte numérisé non relu

INTERMÈDE SHAKESPEARIEN

A la princesse Bob des Fii4gosabd9.

Aux prcs OÙ le printemps nouveau-né rît et danse, Mirandn, fine enfant, passe dans la rosce ; La rose va fleurir par sa main caressée Et le lilas naissant la salue et i*cnccnse.

Vains parfums, rires vains — tout à l'heure, étourdie» La Belle taquina le monstre que son porc Tient courbé sous un joug d'or pur et de lumière, Et l'afl^rcux Caliban la frappa d'une ortie.

Boudeuse, Miranda, qu'indigne un tel outrage, Prend les fleurs à témoins puis, dans l'herbe tombée. Elle appelle Ariel et veut être vengée — £t ucni yeux de pervenche ont des lueurs d*orage.

Mais le doux Aricl lui ofl*re un œillet blanc Qu*il cueillit en Eden, par un soir de grand'lunc Et l'enfant, oubliant sa peine et sa rancune. Pardonne gentiment au mauvais Caliban,

AU SYLVAIN (i)

A Clurk? Cof^ET.

Passant, arrète-toî, contemple le Sylvain Qui t'ofifre la forêt de songe et de mystère. Unis ta voix au chœur des aines de la terre : Le hôtre, le bouleau, le grand chône et le pin.

Ces sentiers sinueux où fleurit la bruyère, Il les trace, il les ouvre h ton pas incertain, Les génois d'or lui font un nimbe de lumière Et les grès assouplis tressaillent sous sa main.

(i) Ce iOQQet a ctô rccilé par Tantcur Ion do la fête don Dê« dans la foret de Fonlaincbicaj, le 370121 1900. Grarc sur une plaque de bronze, il a élà pbcô, par les soins d*un coinit«3 d'artistes, do portes et de touristes^ du conseil ..lunicipal de Fontainebleau et de ladministration des Forêts, h la Rocbo-Eponge, au-dessous Ju môdainon -*- Cbarics Colinot, œuvre du pctntrc-sculpteur Léo Gausson.

. Vi •

i '. 184 LUHIÈRBS TRANQUILLES

Par. lui, la source chante oi la grotte profonde, Tandis qu*au seuil les faunes roux mènent leur ronde. Attire le rêveur en son obscurité.

Or voici : les amants de la forôt sauvage.

En l'honneur du Sylvain révélant sa beauté.

Sur ce roc sourcilleux ont placé cette image.

.%fN^ l^

SOUVENIH

K LOUÎI Dl SàtVTjACQt;»!.

Parmi Itrs Lianes rocliers» au bord djs mers heureuses Qui reflètcnl Icurâ yeui dans les yeur des Sirènes, Nous écoulions chanter les hriscs ioccrlaines —

Les cyprès încUnaî^nl leurs cimes sourcilleuses.

L'air dtaildoiut : autour du golfe et de Taubergo IX (loLlaiL des odeurs de citrons et d anis, Des oiseaux migrateurs se posaïcnL sur la berge Et les flots chuchotaient — et nous étions amis.

Tu me citais des vers : lu me vantais Virgile, Je le citais des vers : je le vantais Shakspcarc — £ole nous frôlait, accouru Je ces lies Ou ie parleur Protoe ftablit son empire

LUUlàUBS TRANQUILLES

Puis nous parlions aussi de nos luttes ardentes : L'un tenait le carquois, l'autre tirait les flcches Et nous aimions, tous deux, h dénombrer les brèches Que nous faisions aux murs des cites décadentes.

Jours enfuis !.. Me voici dans ce pays du Nord Où le Grand Pan m'instruit au rythme des bouleaux Et loi, frcrc, lu vas, triste, le long des eaux Ou l'alcyon au vol tremblant prend son essor.

Séparés, le soleil nous semble moins fervent. Les thyms moins parfumés et les femmes moins belles. Les campagnes en deuil s'embrument et les vents S'éteignent, attristés, parmi les asphodèles.

Qu'importe : consolant notre ûme soucieuse, La seule Isis nous guide encore et nous préfère — Va, nous retrouverons aux grevés cou lumières Le sourire infini de la mer radieuse.

Page 1