COMMUNION
A Jos6 Maria de Hke^dia.
Le poète attentif au murmure des choses Se couche indolemment dans l'herbe du verger, La brise autour de lui chante comme un ramier — Il oublie et la ville et les hommes moroses.
jardins, vous riez h ce doux étranger,
splendeur du soleil sur son front tu te poses,
terre, sous ses pas tu fais nr.ître des roses,
fleuve, les flots clairs brillent pour le charmer.
Son &me étant pareille à la feuille du tremble, Vous aussi, vous l'aimez, grands arbres des forêts. Et vous lui révélez vos oracles secrets.
Puis ses rêves, éclos sous un pin cadencé,
La nuit aux dcigU l rompes de lune le& asïcmblQ
AGn d'en semer Tombrc el le ciel étoîlé.
EPI^LOGUE
SHute^ ehùHle f f ris : bu rûditiXT êéjtlm BtiUt nr nou t^mmt Citgitt du «uitût.*.
Œillets, roses, jasmins, A fleurs que j'ai cueiUics Pour embellir ma joie et ma mélancolie, Vous semez à mes pîeds vos corolles fanccs — Ainsi passent les jours, les mois et les années.
Vieux parc où le vent meurt, faible comme un souptr. Moissons qui contenez le pain de Tavenir, t^ Aubépines, bouleaux, vous aussi, chers platanes Qui sommeillez, penchés sur la marc aux bardaues. Murs moussus couronnés de tendres ravenelles. Puits sonore, hangars pleins de nids dlûrondcHcs, Forôt où j'entendis des chœurs mystcrieui, Je You? fais mes adieux.
Ma petite maison sise au bord de la route,
Avant qu'il soit longtemps, tu m'oublieras sans doute,
108 LtKJÈïlfiS TÏUfiOaiLLEs'
Mais moï, je garderai la mcmoîrc attendrie *irv'T4
De U fûcc ncuscà travers les Vi\^^. v .
Pensif, je me dirai : « Ceux qui l'ont envahie, Ébranlant les carreaux où posèrent mes pas.
Vont disperser, ainsi qu'une vaine poussière. Les rôvcs dont jornais ses chambres de lumière.
D'autres viendront et s'assiéront sous la tonnelle Où j'avais marié le pampre aux capucines — Sauront-ils, comme moi, garder, dans leurs prunelles. Le reflet des soirs d'or qui tombent des collines ? Si des vers oublies, blottis dans le feuillage, Leur chuchotent : Par nous le poète a Qxé La gri\ce du printemps, la gloire de l'été, L'automne languissante et l'hiver irrité.
Comprendront-ils ce doux langage P.. . »
Pourtant, il faut partir : la Ville où l'univers Mêle en un bruit confus ses cris et ses chansons, Paris, aux durs pavés, aux pylùnes de fer.
M'ouvre son cœur ardent par-delà l'horizon.
J*irai : je connaîtrai les palais, les masures. Ceux du lucre accroupis derrière leurs comptoirs, Ceux qui vaguent iurlifs dans l'ombre et dans l'ordure Et les rhéteurs livrant les tréteaux du Pouvoir A U foule qui hurle, ivre d'égalité.
iPlLOCtfi
Je verrai, trépidants en leur oisiveté,
Ces mis caducs cl ces princes blêmes qui hanlcnt
Le bar et Tccurie à défaut d'une cour.
Et CCS fiUcs de joie aux lèvres éclatantes
Qui plumeutf en riant» les ailes deTAmour.
Je trouverai les mots qui réconcilieront Le Pauvre dévoré de haine et de chlorose Avec le Riche que consume un feu morose, — Je billîrat pour eut un nouveau Parlhcnon,
Un temple harmonieux où Tan tique Sagesse Trônera sur Tau tel aux marbres bien polis, Un cahne sanctuaire où les dîcux de la Grèce Répéteront les chants de Delpho cl dXlcusis.
Puis je rassemblerai mes frères les pot^tes : Ccuï dont la triste Muse habite les tombeaux, Ceux dont l'ennui ronge le cûcur comme un corbeau Et ceux qui jettent de la cendre sur leur tète;
Et ceux aussi qui vont maudissant la \aturc *^ ' 'vent dctrcindre une molle Chimère,
i, s'e^souiïlantdans leur flûte épÏTémère, ir d astres inconnus la nuit obscure.
200 LCMliRES TBAKQUILreS
J^' Je leur dirai : u La Vie est belle, il faut raimcr
'l • , Et célébrer son charme rude au plein soleil :
Imitez le tilleul, l'orme et le peuplier.
Invoquez Pan et que vos rythmes soient pareils Aux rires edrénés du vent dans les grands bois. >»
Alors, quand j'aurai mis ainsi leur 5me en fctCi
Considérant que la besogne fut bien faite.
Je tournerai mon front vers les jours d'autrefois.
Fier d'avoir exhaussé les hommes de la Ville Et d'inscrire mon nom, en lettres de lumière, Parmi les noms des Forts qui leur furent utiles. Je reviendrai revoir ma campagne première ; U ' ' Les lilas fraternels parfumeront mon seuil,
La plaine et la forêt me feront bon accueil f^ . . . Et je m'endormirai dans la pnîx de la Terre,
f: . Recueilli, souriant et toujours pius tranquille.