‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 67 sur 74 · AU BORD DE LEAU DORMEUSE · texte numérisé non relu

AU BORD DE LEAU DORMEUSE

L'eau dori, — dans les hallicrs qui frcmisscnl autour, Le vent du soir passe et repasse en murmurant — . Belle, je veux chanter comme lui : mon amour T^enveloppc, pareil à ses souffles errants.

L*eau reflète, en rôvart, les feuillages sans nombre j^7 Qu'un calme crépuscule imprègne de clarté, —

Ainsi, dans tes chers yeux, pleins de lumière et d'ombre. Je mire ta tristesse ou ta douce gaieté.

Car si, parfois, semblable à Teau qui s*obscurcit Quand pèsent sur ses flots d'orageuses nuées, Ton àmc en ton regard se charge de soucis Et de noires pensées,

mVLLES

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Parfois aus^i le rire éckle en tes prunelles Pour rîerij pour un lézard cjul Iravcnc la sente, Et c'est alors cointnc un envol de lourtcrcUes Sur Tonde chatojanïc.

Je foîme. cnlace-mo! comme Tcau fait aux lones,

Comme la vïornc fait auï arbres de la rive,

Prends-inoi, Je te prendrai parmi les boîs profonds

Où le poïlcn jaillit des bru)6res lascives.

Vous, fougères, genfils dtoilés d or, vieux chOnes,

Hêtres, genévriers aui rameaux odorants,

Fa toi qui vas monter dans ks cieux, nuit sereine,

Epandci sur nos fronts l'ivresse du printemps.

Mare aui SaUmAndrei.

KOCTUftXK

L'ombre et le clair de lune assoupis sur les mousses Revent d amour au plus profond de la for^t ; Avril citante tout bas parmi les jeunes pousses Et fait tinter les grelots des muguets,

ÎNOupirs vagues, rumeurs, frôlemenls, voix confuses Les feuillages naissants se bercent en cadence Et ]*on dirait )c bruit de Teau dans une écluse, .« Puis, soudain, c'est le grand silence.

PO&ilBS DB LA FORÔT

Viens, suivons co sentier sinueux qui se glisse Sous les hallicrs touGTus où le Grand Pan repose ; Le dieu va s'éveiller et, si c'est ton caprice, Il t'oiïrira des anémones demi-closes.

Arrôlons-nous : voici la calme clairière Où flotte en longs replis une brume argentée ; Un faune, sur un lit flexible de bruyères.

Y tient une dryade entre ses bras pressée.

Un rossignol blotti dans la vaste ténèbre Qu'un chônc antique étale au-dessus de nos fronts. Enfle passionnément sa voix pure et célèbre La sève qui palpite au cœur des frondaisons.

Viens plus loin... Pénétrons dans celte combe obscure Où s'ouvre, sous les pins, un antre de mystère : Assis au seuil nous entendrons le frais murmure

Qui descend ârs rainures Et nous respirerons les parfums de la terre.

La nuit autour de nous sème des fleurs d'or sombre ; Restons ici jusqu'au matin : je veux mclcr Notre rôve amoureux aux caresses de l'ombre Et la douceur du clair de lune h nos baisers.

Ravin da Ttîd- de 1* Aigle.

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^^^^^F i^âtms »fit7s

^ hù eiol laileui où LtôxdMo une élmlc dcmUirû

^Ê Se colore au levant d'une vague lumière

^Ê Qui se coule al &*éUl{* h travers les taiUîi ;

^P Le pctîUjour frileux ciitr*ou\TC ses jcui jrii.

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^^^^ S otire, bAtlLc et soufnc des vapeurs

^^^B Sur le» buissons d aubépines en Heurs.

^^^KUn peu de rose, un peu d or p^lc, un peu de mâuvfî

^^^E Nuancent les volules de In brume ;

^^^^ Dans le ravin où sont rangés des bois en grume

^B On entend s*éLrouer des fauves.

^B Par l*aube qui grandît voici se déplisser

^H Les collereUcs des pervenches,

^M Mai» les pins paresseux ont peine à secouer

^B Les pans de nuit que reiîcnncnl leurs branches-

^B Eiiiin, du hir^cs feux embrasent l'horimn,

^K^^ L air fr*iis licdil, les baulcs frondaisons

^^^V Hicnt au rtveîl jascur des merlei ;

^^^V£i le matin, semant partout d humides perles.

^^^H Tare les toiles d araî^^nécs

^^^H D*unc résille de roseo

i{,r' -^ 2iC POÈMES DB LA FORÔT

iK'^\' • ■ ■ < . - ',''.'

];; " - / Premiers raïs du soleil parmi la sylvo heureuse,

Fourrés vivifiés de parfums véhéments,

;• Chant des ramiers dans les ramures onduleuses,

V ;• Emprise ardente du printemps...

Chère, soyons pareils à la vigne sauvage

£t au lierre amoureux qui la tient en ses bras,

L'herbe jeune frémit où se posent tes pas,

Tes baisers ont le goût des fleurs et des feuillages

Et la montée impétueuse de la sive

Unit nos cœurs, nos corps, nos regards et nos rêves.

Déicrt d*Apremont.

COMMUNIONS DANS LA FOnÊT

Dans )a forM profonde où le vent qui se joue Caresse chastement tes cheveu i cl tes joues»

Nous alitons enlacést Je l cnlraînaïs, ravie, h Toiribre des i-icni chines

El je cueillais pour loi de fraîches marjolaines Au revers des fossés.

Toi, lu tournas irers moi tes beaux yeui^ sombres Oeurs

Où sciulîUaïCnt des pleurs, Tes yeux noirs éclaîrus de songe et d'infini. Tu me montras le vaste océan des ramures Et tandis que les bois suspendaient leurs murmures, Tu me parlas ainsi ;

«i Clen-aîm^, c'est par toi que je commence h \ivtc Car tu m'ouvris cette foret comme tin grand livre

218 rO&MBS DB LA FORÔT ' / '

D'amour et de bonheur ; ' Je saignais, tu m*as prise et me voici guérie Du passé dccliirant, de la ville ennemie

Et des liommcs menteurs. »

El je te répondis : a Viens-nous-en, bien-aimée» Je sais au plus lointain de la sylve enchantée, Parmi les genôts d or et les pins toujours verls, Un radieux désert ;

Là. le sable plus doux veloulora nos pas.

Là, nés des grès moussus où Taulne se balance,

La reine Solitude unie au roi Silence

Nous prendront dans leurs 'bras...

Nous allions. — • Je posai mes lovres sur ta louche Notre baiser charma les dryades farouches Qui peuplent le feuillage inquiel des bouleaux, L'air léger retentit du rire dci oiseaux, La myrtille et le thym parfj mirent les vents. Pan souflla dans sa flûte une haleine de miel Et notre amour monta dans Pazur éclatant Comme un nouveau soleil.

FuUîc des Fosses Rouges.

COyHOriÛîfS BA^rS LÀ. FORÊT Slï>

Quand le Printemps coiiïc d'un casque de jonquilles flondU sous les boulcaui qui bercent leurs ramilk*s

An vent frais du Tnatin, Quûnd le chêne, vrcillard plein dWgueil et de force, Mùlc au clmnt de la sève em|>erlanL les ecorces

Son liymnc surliumaîn ,

Quand Taub^pmc tdalc au cœur dc^ bubsons roux

Ou le maigre coucou Voltige en répétant sa plainte monotone, îîpureui de fuir la vîllc morne aux sombres toits, J^^ . Nous allons 54ilucr Taurôrc dans les bois

Et cueillir ranéinone. «

Quand rËl6 rutilant dans l'azur sans nuages

Verse ses (eux et ses clartés Sur les contours harmonieux des grands feuiflages^ Au temps où le courlis niche dans ralisicr, Où le saule pleureur, fr^lo par les roseaux.

Se redêtedans Teau,

Nous longeons, réjouis cl grisés de lumière , Celle calme rivière

K>^.-/^^î' vite

ÎSO rOÈMEB DB LA FOnÊT

Qui coule indolemment entre deux vertes rives ; Des vignes et des blés bordent les horizons Et notre rêve, à travers pampres et moissons, File comme une jeune grive.

■ri'

Quand l'Automne a rouillé les roses défaillantes Et recroquevillé les cosses des genôts,

Nous remontons dans la forêt ; La brume, qui bleuit les futaies et les sentes, Flotte, comme un grand voile, autour de ta beauté. Nous écoulons les pins gémir au fond des combes, Nous nous taisons et nous marchons tout attristés

A cause des feuilles qui tombent...

Quand Tllivcr, dur guerrier à la lance de gel. Frappera sans merci l'aulne et le sycomore,

Nous verrons, au plus bas du ciel.

Le soleil se mourir, sanglant, dans ses crins d*or. Mais notre amour, vainqueur de Ja saison mauvaise.

Saura sourire encor Comme un Avril paré de muguets et de fraises.

Futaie de It Madeleine et pool de Valvios. '

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