L'ESSAIM
^1 Joseph oigeorges.
Uans un pays où les printemps sont sans oiseaux :t que j'avais aussi cru toujours sans abeilles, >lème quand floréal y fait de ses corbeilles Crouler les roses par monceaux,
Jn essaim tout à coup tourbillonne et se pose, En avance de deux bons mois sur la saison )es exodes ailés, tout près de ma maison, ur l'écorce d'un vieux mûrier creux et morose.
Tn essaim en avril, près de mon seuil 1 C'est foui >n s'ébahit. Je cherche une ruche — objet rare ! ï consulte un voisin, un sage, qui déclare Qu'à tel endroit, je ne sais où,
38 ROXCES ET LIERRES
Jadis, — et son « jadis » a l'air préhistorique, — Quelque arrière-grand-oncle à lui, sous un rocher A l'abri du mistral, eut un petit rucher... J'écoute en souriant ce vieillard homérique.
Et l'essaim, à mon vieux mûrier toujours pendu, Grouille et frissonne, attend sans doute qu'on l'héberg Mais refuse le creux de l'arbre, pauvre auberge Au seuil d'arentelle tendu.
Le soleil baisse, l'air fraîchit, le couchant saigne. L'essaim se pelotonne et se resserre encor, ' La nuit vient sans qu'on ait recueilli ce trésor; Toute une nation qui s'offre et qu'on dédaigne...
A l'aurore, l'essaim tremblant n'a pas bougé. Alors, pris de pitié, — honte aux pitiés tardives! - J'improvise un abri sommaire aux fugitives Dans un coffre mal ouvragé.
Trop tard ! Le soleil brûle ; il a séché les ailes, Et la brise du large a grisé les cerveaux; Et la tribu s'en va vers des hasards nouveaux, En plein midi, dans un poudroiement d'étincelles.