‹ Poésies, 1905-1918Chapitre 3 sur 83 · S.4V0I% VIEILLIR · texte numérisé non relu

S.4V0I% VIEILLIR

javoir vieillir, quel art, mais combien difficile! Que de ferme vouloir il y faut et quels dons ! Que de victoires sur notre orgueil imbécile! Que de renoncements cruels et d'abandons !

Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire Tout haut, non pas pour voir protester les amis, Mais pour y conformer ses goûts et s'interdire Ce que la veille encore on se croyait permis;

Avec sincérité, dès que l'aube se lève, Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour; A chaque cheveu blanc se séparer d'un rêve Ht lui dire tout bas un adieu sans retour;

Quand l'amour fuit devant nos hivers et nos rides, Comme un oiseau frileux, ne pas s'en désoler; Et même s'il revient en des retours rapides Et nous sourit encor, — le laisser s'en aller;

Si quelque amie, au cœur de sœur plus que d'amante, Très bonne, offre ses mains à notre front lassé, Repousser doucement sa tendresse clémente, Dénouer ce dernier lien d'un cher passé;

Rétrécir l'horizon des projets et des tâches, Pour élargir celui de l'au-delà sans fin, Éviter de son mieux les regrets vains et lâches Qui des restes d'hier voudraient nourrir demain ;

Aux appétits grossiers infliger d'âpres jeûnes Et nourrir son esprit d'un savoir simple et sur, Devenir doux, devenir bon, aimer les jeunes Comme on aima les fleurs, l'espérance et l'azur;

Page 1